Pas de doute, Corinne Frimas a de l'abattage. Le terme a pourtant quelque chose d'un peu violent, évoquant le métier de bûcheron plus que la finesse de l'expression théâtrale. Or il lui en faut de la finesse, en même temps que de la vivacité, à la comédienne française pour interpréter en un peu moins d'une heure tous les personnages de La Reine des neiges, un des contes d'Andersen les plus riches en épisodes! Avec Christine Roillet, qui signe la mise en scène, elle a légèrement adapté le texte: un peu de simplification par ici, un peu plus de force par là. Mais la magie du spectacle tient surtout à cette impression d'assister à un spectacle de transformisme.

Le miroir du diable

La comédienne apparaît vêtue d'une vaste robe à crinoline pour conter le premier épisode, celui du miroir du diable, horrible objet qui montre les êtres et les choses sous leur plus mauvais jour, et qui un jour éclate en mille petits morceaux, dispersant son pouvoir pervers à travers le monde. Un foulard sur la tête et elle devient la grand-mère qui raconte des histoires à Gerda et Kay, deux petits héros d'Andersen. Mais justement Kay reçoit deux petits morceaux du miroir: l'un dans l'oeil qui lui gâte le regard, l'autre qui transforme doucement son cœur en un bloc de glace.

Ce petit foulard de grand-mère n'est que la moindre des transformations organisées par la costumière Anne Versel. Grâce à cette dernière, grâce aussi aux lumières et aux effets spéciaux de Marie Vincent et aux ambiances sonores de Gabriel Levasseur, Corinne Frimas est tour à tour Gerda, Kay, une sorcière, la fille des brigands, un vieux renne, une Finnoise… mais aussi un jardin fleuri ou un igloo. Le spectacle est stimulant comme ces jeux d'enfants où en un clin d'œil un drap devient cabane ou tipi, où l'on joue une fois la maman, une autre l'Indien. C'est ainsi grâce à Andersen, dont le conte est riche en rebondissements et en tensions dramatiques, mais aussi grâce au spectacle et à sa vivacité, que les enfants semblent sortir de l'histoire comme s'ils avaient vécu eux-mêmes le parcours de Gerda pour sauver Kay de la «Reine des neiges».

«La Reine des neiges». Petit théâtre, Curtat 3, Lausanne, tél. 021/323 62 13. Me 15 h, je-ve 19 h, sa 15 h et 19 h, di 17 h. Jusqu'au 26 jan.