Cinéma

Les reines de la cambriole montent à l’assaut dans «Ocean’s 8»

Les voleurs virils cèdent leur place aux femmes. Au tour de Cate Blanchett, Sandra Bullock ou Rihanna de jouer les monte-en-l’air high-tech

La parité progresse mais on est encore loin du compte: elles ne sont que huit, les voleuses, contre onze, douze, voire treize pour leurs confrères masculins. Le gang de malfrats qui, devant la caméra de Steven Soderbergh, pillait les casinos dans Ocean’s 11 (2001), 12 (2004) et 13 (2007) a cédé la place à un gang de cambrioleuses haut de gamme.

Bouche en cœur, Debra Ocean (Sandra Bullock) passe devant la commission probatoire. Elle jure, une larme au coin de l’œil, qu’elle mènera une vie honnête. Libérée sur parole, elle part préparer le casse du siècle. Il faut dire qu’elle est la sœur de Danny Ocean, le fameux filou, et que dans la famille ils sont tous escrocs et voleurs (sauf la tante Ida).

Les grands films de hold-up d’antan ont laissé place à des produits pasteurisés dans lesquels la technologie supplante la psychologie

Elle prend contact avec Lou (Cate Blanchett), qui rallonge de la vodka avec de l’eau, débauche Rose Weil (Helena Bonham Carter), couturière zinzin qu’on dirait échappée du Pays des Merveilles de Tim Burton, la hackeuse Nine Ball (Rihanna), la joaillière Amita (Mindy Kaling), la pickpocket Constance (Awkwafina) et Tammy (Sarah Paulson), grande bourgeoise et cambrioleuse. Issue de différentes ethnies, générations et milieux sociaux, elles sont toutes belles, intelligentes et surdouées. Elles unissent leurs forces pour voler le collier de diamants, d’une valeur de 150 millions de dollars, qu’une grande star du cinéma, Daphne Kluger (Anne Hathaway), porte lors d’une soirée de gala au Met pour l’inauguration d’une exposition de bijoux royaux européens.

Forces attractives

Le scénario de ce spin-off se structure, comme de bien entendu, en trois temps menés sur un rythme funky et ponctué d’intermèdes musicaux empruntés à Bach ou à Aznavour. La préparation du coup est superficielle, verbeuse, relativement hermétique et totalement invraisemblable. Chorégraphié comme un ballet luxueux, le vol suscite l’excitation. Quant à l’enquête qui s’ensuit, elle est bâclée et tronquée. A la réussite du cambriolage s’ajoute le prestige d’un traître puni. Les grands films de hold-up d’antan, avec les montres qu’on règle et les fausses barbes, ont laissé place à des produits pasteurisés dans lesquels la technologie supplante la psychologie. Et plus les choses se compliquent, plus les solutions sont naïves: le collier est verrouillé par une clé magnétique? Coup de bol: comme nombre d’adolescentes de Brooklyn, la sœur de Nine Ball a les forces attractives pour hobby…

Au dernier plan, Debra boit un martini dry devant la tombe de son frère, Danny, 1963-2017. Est-il vraiment mort, ce sympathique bandit? A quel moment va-t-il rejaillir du tombeau tel un guignol à ressort pour de nouveaux fric-frac high-tech à onze, douze ou treize voire 21 et plus si les frangines s’en mêlent? On est parti pour une longue franchise à choix multiples.


Ocean’s 8 (Ocean’s Eight), de Gary Ross (Etats-Unis, 2018), avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter, Rihanna, Mindy Kaling, Awkwafina, Sarah Paulson, 1h50

Publicité