Ballet

Reinhild Hoffmann fait danser la Callas

Quarante ans après la disparition de la célèbre cantatrice, la chorégraphe allemande remonte son ballet «Callas» au Grand Théâtre. Une pièce qui raconte le parcours de la diva, mais aussi celui de tous les artistes

Même ceux qui ne l’ont pas connue de son vivant s’en souviennent. Son cou paré, ses chignons soigneusement tirés, ses yeux de chat, la finesse grecque de ses traits. Et bien sûr, sa voix. Un timbre riche, profond, de ceux qui enveloppent les auditeurs et font vibrer les cordes intérieures. «La Bible de l’opéra», l’avait surnommée Leonard Bernstein. Rien que ça.

Maria Callas a indéniablement marqué l’histoire de l’art lyrique. Quarante ans après sa disparition, on revit encore et toujours les plus belles prouesses vocales de la cantatrice américaine d’origine grecque en se plongeant dans de vieux enregistrements. Et en dansant.

Cet automne, le Grand Théâtre de Genève a choisi de célébrer la diva en mouvement en remontant le ballet Callas. Créée par la chorégraphe allemande Reinhild Hoffmann en 1983, cette pièce de Tanztheater, mêlant danse et jeu d’acteur, a été directement inspirée par l’œuvre de la soprano. Par ses performances d’abord, puisque le ballet s’accompagne d’airs d’opéras célèbres ayant été interprétés par Maria Callas, de Macbeth à Lakmé en passant par Carmen.

Par sa carrière ensuite, les huit tableaux qui composent le ballet reflétant tous une facette de son parcours: la rigueur de son travail, la scène, son rapport avec le public, avec les hommes aussi. Jusqu’à la fin de sa carrière et de sa vie, sombre et solitaire.

 La Callas comme n’importe qui

Mais ne vous y méprenez pas: Callas n’a aucune vocation biographique. S’il porte son nom, le ballet ne relate pas d’événements spécifiques de la vie de la cantatrice pour autant. Il s’agit plutôt de dépeindre les hauts et les bas qu’elle a pu traverser, au même titre que n’importe quel artiste.

«Rêver d’être sur scène, se donner les moyens d’atteindre ses ambitions puis accepter d’abandonner sa place à la génération suivante… Même si Maria Callas a la particularité d’avoir été très exposée, c’est une courbe dans laquelle chacun peut se reconnaître», explique Reinhild Hoffmann entre deux répétitions.

A commencer par la chorégraphe elle-même, qui s’est lancée corps et âme dans le métier en figurant parmi les pionniers de la danse-théâtre des années 70, malgré le conservatisme culturel de l’époque.

«Ce n’était pas facile pour les chorégraphes de ma génération. La Deuxième Guerre mondiale n’était pas loin, durant laquelle les partisans de formes d’art modernes avaient été forcés de quitter l’Allemagne nazie. Nous avons dû convaincre les metteurs en scène de faire autre chose que Le Lac des cygnes. C’était difficile, mais je n’ai jamais lâché cette passion.»

Chaussures de sang

Un éventail d’émotions que Reinhild Hoffmann traduit dans la langue du corps mais aussi celle de l’image, en se servant abondamment de la métaphore. Comme dans cette scène où une danseuse enfile des chaussures maculées de rouge. «Dans Macbeth, le général et son épouse sont prêts à faire couler le sang pour devenir monarques. Cela illustre bien les sacrifices qu’on fait pour aller au sommet et les plumes qu’on perd en chemin.»

Les accessoires jouent donc un rôle prépondérant dans Callas, tout comme les costumes. Un tableau en particulier voit les danseurs revêtir la réplique exacte de tenues portées par la soprano sur scène. D’impressionnantes robes longues et lourdes, croulant sous les broderies, pompons de velours et autres nœuds de satin, qui évoquent autant des rôles prestigieux que des masques derrière lesquels se dérobait l’artiste.

Le feu aux planches

Les tenues, comme les battements et les cambrés, sont rigoureusement les mêmes qu’en 1983. Mais la troupe du Grand Théâtre, la quatrième à interpréter le ballet, apporte à la pièce une fraîcheur toute personnelle. «Je les ai vus dans Casse-Noisette, ils ont un excellent niveau et présentent un bel éventail de profils. C’est aussi ce qui m’a convaincue de reprendre ce ballet avec eux.»

Au-delà de la technique, c’est avant tout la flamme artistique de Maria Callas que Reinhild Hoffmann a voulu transmettre aux jeunes danseurs. «Certains ne connaissaient pas son travail. J’ai donc commencé par leur montrer une vidéo, pour qu’ils comprennent l’intensité avec laquelle la Callas interprétait ses rôles, son engagement sans limites. Elle se mettait constamment en danger. Je leur ai dit de faire pareil sur scène: de prendre des risques.»


 «Callas», Opéra des Nations, du 10 au 17 octobre. www.geneveopera.ch

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