Quel est «ce problème qui n’a pas de nom»? Régnant sans partage sur leurs cuisines et leurs pelouses manucurées, les femmes au foyer des années 1960 n’ont-elles pas tout pour être heureuses?

La femme mystifiée de Betty Friedan, classique féministe de 1963 réédité par Belfond, sonde la vague de dépression qui gagne les épouses propres sur elles d’une Amérique moyenne et blanche. Façonnées par une éducation genrée et des magazines féminins décérébrés, prises en étau entre la société de consommation et des théories freudiennes infantilisantes, leur salut viendra selon Betty Friedan de l’indépendance économique – et donc du travail salarié.

Epouse parfaite

A sa sortie, l’essai avait fait l’effet d’une gifle et éveillé bien des consciences. Le lire ou le relire aujourd’hui permet de prendre la mesure de cet enfermement doré contre lequel les mouvements de libération des femmes se sont élevés dans les années 1960. La femme mystifiée permet aussi de pointer ce qui perdure de ce mythe de l’épouse et de la mère parfaite.

La lumière des décennies suivantes met néanmoins en relief les grandes absentes de ce best-seller international: toutes les autres femmes qui, si elles sont elles aussi assignées à un rôle social subalterne, ne sont ni Blanches, ni oisives, ni financièrement à l’aise. Et exigent pour être prises en compte une analyse autrement plus critique d’une société qui demeure patriarcale, racialement biaisée et capitaliste.


Betty Friedan, «La femme mystifiée», Belfond, 560 p. 

Traduction et préface d’Yvette Roudy.