Aix-en-Provence lui doit son prestigieux Festival de Pâques. Renaud Capuçon (qui succédera à Thierry Scherz, décédé en juillet dernier), rejoindra encore les Sommets musicaux de Gstaad en janvier 2016. Aussi professeur à la HEMU de Lausanne depuis le mois de septembre, le violoniste français commente sa nomination.

Le Temps: Pourquoi ce choix?

Renaud Capuçon: C’est, comme toujours pour moi, une question de rencontres. Et, dans ce cas particulier, d’enfance. J’ai découvert la musique avec mes parents, à l’âge de 4 ans, au Festival des Arcs. Après le ski, la musique sous les flocons avait quelque chose de magique. Quand je suis venu aux Sommets musicaux, j’ai ressenti un frisson qui venait de loin. Et les lieux, si féeriques, avec l’église de Saanen, m’ont immédiatement inspiré. Mon ami Christophe Müller [ directeur du Yehudi Menuhin Festival] m’a demandé si je serais intéressé. Et puis, j’aime bien les clins d’œil de la vie. Je prendrai les rênes l’année de mes quarante ans, et celle des vingt ans de ma carrière.

– Avec l’enseignement à Lausanne, Gstaad signale-t-il un enracinement en Suisse?

– Je vis à Paris où je paie mes impôts. Ces deux activités composent mon bonheur à programmer ou travailler avec des personnes stimulantes, sur des projets porteurs, en adéquation avec des environnements séduisants. Des choix parfaitement sains.

– Est-ce un retour à la musique de chambre, que vous pratiquiez dans votre Festival de Bel-Air?

– J’ai la passion de la programmation depuis toujours. Mes agendas sont couverts d’idées, de rêves. Les lieux ont chacun leur histoire, leurs particularités. Ce n’est pas un retour, ou très inconscient. Juste une nouvelle évidence.

– A quelle cadence pensez-vous jouer aux Sommets musicaux?

– Une fois tous les deux ans, j’imagine. Je ne viens pas à Gstaad pour m’auto-programmer. Je n’en ai pas besoin. Mais pour imaginer des associations et des créations inspirantes, dont il est encore trop tôt pour parler.

– Allez-vous tendre des ponts avec Aix-en-Provence?

– Chaque festival a sa spécificité et restera très indépendant, en toute transparence avec mes directeurs. Je veillerai à ne pas inviter les mêmes artistes à des époques proches, et à ne marcher sur aucune plate-bande.

– Seriez-vous un boulimique?

– Je ne le ressens pas comme ça. Tout est très cadré, organisé. J’ai besoin de me projeter dans des aventures. J’adore ça. Mon énergie est mue par le désir d’animer, de vitaliser le partage musical. Propos recueillis