Nous y sommes! Depuis la première apparition de Renaud Capuçon comme chef d’orchestre à la tête de l’OCL, et malgré le Covid-19 qui n’a pas eu raison de ses deux concerts organisés dans l’urgence à huis clos et retransmis sur les ondes d’Espace 2, on ne pouvait s’empêcher de parier sur la suite. Et la suite est arrivée. Voilà le célèbre violoniste officiellement désigné à la direction de la phalange lausannoise à la suite de Joshua Weilerstein, dès la saison 2021.

Cette nomination à une large majorité représente une nouvelle grande étape pour l’orchestre de chambre, qui d’année en année a gagné des galons artistiques enviables. Depuis sa création en 1942 par Victor Desarzens, qui le dirigea pendant trente ans, l’orchestre s’est formidablement épanoui. Sa quarantaine de musiciens a pu forger son identité et son rayonnement avec des chefs reconnus et engagés.

A propos de la dernière saison de Joshua Weilerstein: Cadeau de départ beethovénien à l’OCL

Politique artistique solide et aventureuse

Que ce soit avec Armin Jordan (1973-1985), puis Lawrence Foster pendant cinq ans, Jesus Lopez Cobos pour une décennie et Christian Zacharias de 2000 à 2013, puis dernièrement le tout jeune Joshua Weilerstein, l’OCL a toujours suivi une politique artistique qualitative de développement musical à la fois solide et aventureuse.

L’arrivée de Renaud Capuçon signale une ère porteuse: celle du rayonnement et de l’enracinement. Le musicien français est en effet lié à la capitale vaudoise et à sa région depuis qu’il a rejoint en 2014 les rangs de l’HEMU, où il enseigne le violon, et où il a fondé l’ensemble d’étudiants des Lausanne Soloists trois ans plus tard. Au Rosey, il s’est aussi attaché à la Menuhin Academy et il se consacre à la direction des Sommets musicaux de Gstaad depuis 2017.

Avec le festival de Pâques d’Aix-en-Provence qu’il a lancé en 2013, et une intense activité soliste, concertante et discographique, l’artiste est une figure internationale majeure de l’archet, de l’enseignement et de la direction de rencontres musicales. Son large réseau d’interprètes prestigieux, sa renommée, son entregent et son infatigable nécessité de partager et de faire partager la musique imposent Renaud Capuçon comme une personnalité idéale pour l’avenir de l’OCL.

Une rencontre en mars 2020: Renaud Capuçon, de l’archet à la baguette

Une grande excitation

Cette association, le chef en début de carrière l’estime lui aussi idéale. «Je suis le parcours de l’orchestre depuis longtemps, avec Armin Jordan déjà. Et j’en connais nombre de ses instrumentistes que je respecte et apprécie, précise le violoniste. J’adore sa sonorité soyeuse et l’état d’esprit à la fois collégial et professionnel qui l’anime. Aborder ce nouveau défi représente une grande excitation pour moi qui pratique surtout des formes musicales solitaires ou en formation de chambre ou de concerto. Arriver à la tête d’un ensemble symphonique, même de dimension intermédiaire, c’est une magnifique clé qu’on me confie pour ouvrir la porte d’un monde à explorer. J’ai hâte de commencer à discuter et à construire des programmes avec tous.»

«J’adore la sonorité soyeuse de cet orchestre et l’état d’esprit collégial et professionnel qui l’anime»

Renaud Capuçon

Définir des saisons entières, après celles plus ramassées de festivals, n’inquiète pas le musicien, qui ne veut bien sûr pas donner de détails prématurés. Mais l’intention se dessine déjà. «Rien ne se fera sans concertation. Je m’appuierai sur l’histoire de l’orchestre et la connaissance de ses musiciens. Et je leur apporterai mon expérience et les artistes avec qui je travaille depuis des décennies. Je veux évidemment offrir le meilleur à l’OCL et au public. L’excellence. Pouvoir rêver ensemble et réaliser ces rêves.»

De nature optimiste

Pour le répertoire, «¡l est si étendu que notre champ d’action est très large. Etant de nature optimiste, je ne suis pas inquiet pour le futur malgré les secousses du Covid-19. Nous partirons en tournée ou en festival moins loin, ou différemment. Nous nous rapprocherons des publics empêchés et imaginerons des propositions nouvelles. Les idées ne manquent pas. C’est très stimulant.»

On compte aussi sur Renaud Capuçon pour activer les collaborations. «Elles s’inscrivent de façon logique dans l’activité à venir. L’HEMU, le Rosey, Gstaad ou Aix font partie d’un premier tissage naturel. Il y en aura certainement d’autres à développer entre résidences, invitations et projets à mettre en commun avec d’autres institutions.»

Son désir premier avec l’OCL est simple: «Découvrir. Passer du temps ensemble et apprendre à se connaître. Un orchestre est une grande famille.»