En 1997, le festival fêtait son demi-siècle d’existence. Cela faisait aussi cinquante ans qu’avait eu lieu le fameux crash de Roswell, sur lequel s’est bâtie une inépuisable mythologie science-fictive. Invité à présenter Men in Black sous les étoiles de la Piazza Grande, le facétieux Will Smith établissait un lien entre les deux événements: en 1947, la soucoupe volante en difficulté aurait d’abord percuté Locarno, avant de rebondir par-dessus ­l’Atlantique, et de s’écraser à Roswell (Nouveau-Mexique).

L’hypothèse de Will Smith est plausible, car les années suivantes, à plusieurs reprises, des extraterrestres se sont posés à Locarno, prouvant que la Piazza Grande figure sur les cartes du cosmos.

Les insectes militaristes recensés par Paul Verhoeven dans Starship Troopers ont vrombi en 1997. Ont suivi les dessinateurs d’agroglyphes que M. Night Shyamalan boute hors d’Amérique à coups de batte de baseball dans Signs (2002) ou les grandes pieuvres qui hululent au fond de la jungle mexicaine, filmées par Gareth Edwards dans Monsters (2010).

Invasions

Cette année, nos amis les aliens débarquent massivement sur la Piazza. On compte trois vagues d’invasion. Super 8, de J. J. Abrams, ouvre les festivités (me 3, lire ci-contre). Suit Attack the Bloc k, de Joe Cornish, dans lequel la population est bien contente de compter sur la caillera de banlieue pour karcheriser ceux venus d’ailleurs (ve 5). Enfin, Cow-boys & Aliens, de Jon Favreau, qui allie explicitement deux des mythologies les plus fructueuses du cinéma de divertissement (sa 6). «On reste fidèle à une certaine tradition», s’amuse Olivier Père. Le directeur artistique du Festival constate que «les Américains produisent beaucoup de films d’extraterrestres. C’est une manne très répandue en été». Mais les Américains n’ont pas le monopole des extraterrestres.

Le glamour est-il une valeur d’outre-espace? Il y a trois ans, Nicolas Bideau demandait un rab de cette valeur constitutive du cinéma etmettait le feu au lac Majeur. Depuis, les positions se sont décrispées. Sans abdiquer sa dignité, Locarno attire des stars à valeur culturelle ajoutée. Outre, coup d’éclat, Harrison Ford et Daniel Craig, les héros de Cow-boys & Aliens, des prix seront remis à Abel Ferrara, Mike Medavoy et Isabelle Huppert, des hommages rendus à Claudia Cardinale, Bruno Ganz, Claude Goretta, Hitoshi Matsumoto, Anri Sala et Jean-Marie Straub. Quant à Gérard Depardieu, il aurait voulu tenir le rôle d’E.T., mais il n’entrait pas dans la soucoupe volante. Il viendra parler des films de son ami Maurice Pialat (ma 9).

Le cinéma suisse est-il d’origine extraterrestre? On l’ignore. Mais le cinéma suisse tient la forme et se fait une belle place dans le programme. Notamment avec deux films en Concorso internazionale: Vol spécial, de Fernand Melgar, Mangrove de Frédéric Choffat et Julie Gilbert. Un film en Concorso Cineasti del Presente: The Substance – Albert Hoffmann’s LSD, de Martin Witz.

La mémoire a-t-elle été manufacturée dans les laboratoires de la troisième lune de Deneb? Tourné par vocation vers l’avenir, le festival de Locarno n’oublie pas les leçons du passé et cultive le goût des grands films d’autrefois. Outre la rétrospective Vincente Minnelli (LT du 30.07.2011), la section Open Doors qui, sous l’égide de la DDC, s’intéresse aux cinématographies du Sud et de l’Est se tourne vers le cinéma indien et en propose une douzaine de classiques, ainsi qu’une rétrospective Satyajit Ray. Il est aussi possible de revoir Andrei Rublev, de Tarkovski, Le Miroir, de Jafar Panahi ou Schatten der Engel, de Daniel Schmid

La jeunesse est-elle une invention des Grands Anciens? Elle est traditionnellement honorée à Locarno qui, à travers les Pardi di Domani, repère les géants de demain.

Festival du Film de Locarno. du me 3 au sa 12. www.pardo.ch