Cinéma

Rencontres du 3e zigue dans «CoinCoin et les Z’inhumains»

Bruno Dumont remet le p’tit Quinquin en piste. Dans cette délirante mini-série, le Gnafron du Nord se frotte à des envahisseurs venus d’ailleurs

En 2014, badaboum! coup de tonnerre dans le PAF: le plus janséniste des cinéastes français, Bruno Dumont, observateur austère de la déshérence sociale (La vie de Jésus, L’humanité…), se convertissait au burlesque. Il réalisait pour Arte une mini-série délirante, P’tit Quinquin, dans laquelle il se passait des choses pas catholiques, puisqu’on retrouvait des femmes assassinées à l’intérieur de vaches… Le cinéaste est retourné sur la Côte d’Opale donner une suite à ces aventures sans queue ni tête.

Le p’tit Quinquin est devenu grand, mais pas plus beau, ni plus sage pour autant. Il se fait appeler Coin Coin, zone avec son pote Le Gros, flirte avec les fachos du coin, et se déniaise auprès d’une gourgandine acerbe. Derrière la ferme, il tombe sur une flaque de glu noirâtre, comme un puits de goudron. Son bon sens paysan lui fait penser à une méga bouse de vache. C’est beaucoup plus grave que ça: il s’agit d’un résidu tombé du cosmos. Platch! Les aliens purinent! Flotch! On vidange l’ovni! Qui n’a pas pris sa dose de slime galactique?

Le commandant de la gendarmerie, l’ineffable Roger Van der Weyden, moustache hérissée de véhémence ahurie, flanqué de son fidèle Carpentier, l’as de la conduite automobile sur deux roues, mène l’enquête. Elle va l’emmener aux frontières de l’étrange, car le slime galactique émet parfois un scalénoèdre de lumière qui s’en va dupliquer les habitants. Il y a deux M. Leleu, deux oncle Danny et même deux Van Der Weyden qui battent la campagne, croisant parfois des groupes d’immigrés africains un peu extraterrestres eux aussi.

Oripeaux carnavalesques

C’est à une nouvelle farce hénaurme que nous convie Bruno Dumont, un manifeste du surréalisme inscrit au-delà du réel, le point de convergence du Gendarme et les extraterrestres et de Twin Peaks. Avec sa théorie de personnages grotesques, ses pataquès, ses gags à deux balles et son amour inquiet de l’humanité, ses interrogations métaphysiques («Faut pas oublier d’où qu’on vient, mais pas oublier où qu’on va»), ses coq-à-l’âne, ses faux raccords assumés, ses décélérations consolant du rythme trépidant qu’impose le cinéma d’action, ainsi que son indifférence à résoudre l’énigme («Il y a dans la vie des mystères qu’on n’explique pas.

Faut faire avec plutôt que chercher midi à 14h»), CoinCoin et les Z’inhumains, sous ses oripeaux carnavalesques et derrière son humour absurde, se pose en œuvre philosophique. A ne pas manquer sur l’écran de la Piazza Grande!

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