Les Rencontres d’Arles, millésime Stourdzé

Photographie Pour sa première édition, l’ex-directeur du Muséede l’Elysée dévoile un programme qui lui ressemble

Ce qui frappe d’abord, c’est que l’affiche du festival n’est pas un animal sympathique et chatoyant dessiné par Michel Bouvet. Mais un cliché de Delphine Chanet – trois enfants dans une voiture – présenté à l’envers. Le retour à la photographie, «pour signifier une rupture de ton mais aussi pour se confronter au sujet même du festival, dans l’espace de la communication où elle est si souvent abîmée […]». Le retournement, pour «lui donner un statut à part sans la dévoyer».

Evans et Shore

Les Rencontres d’Arles dévoilent le programme de leur édition 2015, la première de Sam Stourdzé, jusque-là directeur du Musée de l’Elysée, à Lausanne. On y retrouve ce qui a fait la marque de son passage en Suisse: la cohabitation de monstres sacrés et de jeunes talents, un attrait marqué pour les images vernaculaires et une volonté de transdisciplinarité. Pièces maîtresses de la manifestation qui se tiendra du 6 juillet au 20 septembre, Walker Evans et Stephen Shore. L’œuvre du premier est revisitée à l’aune de son travail imprimé, notamment dans les magazines américains – une autre approche chère à Sam Stourdzé. Le second bénéficiera de la plus grande rétrospective qui lui ait jamais été consacrée.

Une section «Résonances» tisse des liens avec l’architecture, grâce aux archives de Robert Venturi et Denise Scott Brown, aux façades d’églises de Markus Brunetti ou aux boutiques dont la forme évoque le contenu, glanées sur le Web par Olivier Cablat et montrées lors du dernier festival Images, à Vevey. Avec la musique par une rencontre entre Matthieu Chedid et Martin Parr ou la production lausannoise et imaginaire de la LP Company – musique, visuels et même critiques d’une cinquantaine d’albums. Avec le cinéma: les visiteurs du Louvre vus par Kiarostami ou les mues de John Malkovich par Sandro Miller.

Le Japon et la Terre de Feu sont mis en avant au chapitre «Je vous écris d’un pays lointain». Les «plateformes du visible», elles, révèlent les nouvelles formes du documentaire. On y verra notamment le périple de Paolo Woods et Gabriele Galimberti dans les paradis fiscaux ou les objets insolites vendus sur leboncoin.fr, recensés par Thierry Bouët. Les collectionneurs ont aussi leur section: on savourera sans doute cette histoire de la photographie à travers les vues du Sphinx de Gizeh collectées par Wouter Deruytter. Et puis encore le Prix découverte et une place élargie faite aux livres.

Les Rencontres de la photographie, à Arles du 6 juillet au 20 septembre.