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Chali 2na, un des rappeurs de Jurassic 5, a fait sensation, samedi soir. Sa voix grave et son charisme brut ont conquis le public. 
© Jocelyn Daloz

Festival

Rendez-vous à «Hip-hop Ville»

La douzième édition du Royal Arena Festival s’est tenue ce week-end à Orpund, près de Bienne. Une plongée dans une culture hip-hop résolument attachée à ses racines et qui revendique sa nostalgie

Certains rappeurs aiment prophétiser, dans leurs textes, la mort du rap. Pourtant, il paraissait bien vivant ce week-end au Royal Arena. Avec ce constat que, s’il n’est pas mort, il vieillit: la programmation musicale du festival biennois, résolument old school, a accueilli vendredi et samedi une riche sélection d’artistes qui se sont fait un nom dans les années 1980-1990.

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«Do you want some real hip-hop?» est la rengaine qui a retenti d’un bout à l’autre du Royal Arena. Le vrai hip-hop, plus qu’un style, est un concept, une identité, dont chacun s’est revendiqué durant ces deux soirées dédiées à la culture urbaine. Depuis 2007, le festival s’érige en Mecque suisse du hip-hop et de ses multiples facettes. Battle de breakdance et de rap, concours de graffiti, DJ aux platines et musique old school qui résonne à chaque recoin: bienvenue à «Hip-hop Ville».

Ici, on se consacre à une culture attachée à ses codes ancestraux, loin du bling-bling du mainstream et des actuelles tendance trap, saturées d’auto-tune et vidées d’un réel engagement. Un hip-hop qui entend rester fidèle à ses éléments établis il y a 40 ans dans des block-parties du Bronx et de Brooklyn, par des jeunes oubliés du monde et qui ne se doutaient pas qu’ils étaient en train de refaçonner la culture mondiale.

Ferveur et nostalgie

Au programme donc, beaucoup d’anciens. GZA, pionnier du rap new-yorkais qui s’est fait au sein du Wu-Tang Clan il y a plus de 25 ans; Chali 2Na, un des rappeurs de Jurassic 5, dont la voix grave et le charisme brut ont hypnotisé l’assistance samedi soir; Immortal Technique, roi de l’underground et du rap politique au verbe acerbe; les Parisiens de Sniper, venus graver dans la roche leurs paroles polémiques; Freundeskreis, enfin, un groupe allemand mené par Max Herre et qui a clôturé le festival en grande pompe, soutenu par ses acolytes Megaloh et Afrob et par sa compagne, Joy Denalane.

Le rap old school a dominé l’affiche en ne laissant que peu de place à la jeunesse et aux tendances plus récentes: la tête d’affiche Joey Bada$$ et la jeune sensation du rap français Ninho représentaient de notables exceptions. Cependant, à en croire les festivaliers interviewés par l’émission Virus de la chaîne alémanique SRF, le trap n’est pas vraiment le bienvenu au Royal: «C’est un truc de jeunes», résume l’une des personnes interrogées, tandis qu’une autre déplore que c’est de la musique trop simple, à la portée de tout le monde.

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Loin des frasques de la grande industrie, les artistes débarquent ici avec simplicité et entendent démontrer leur savoir-faire. Ils ne sont souvent que deux sur scène: un DJ et un rappeur. Ils s’habillent sobrement et comptent uniquement sur la force de leurs rimes et des beats qui les soutiennent pour emmener l’assistance dans leur univers, relater les expériences des jeunes de banlieues défavorisées et célébrer la richesse d’une culture afro-américaine rebelle et insoumise.

Relève suisse

Se revendiquer old school, c’est remonter le temps vers un âge d’or révolu. Au Royal Arena, la nostalgie était bien présente: lorsque le rappeur Chali 2Na énumère de sa voix grave le nom de rappeurs décédés et regrettés, la foule scande leurs noms avec ferveur. Lorsque son DJ, Krafty Kuts, se lance dans une rétrospective des grands classiques, la foule s’embrase. Nostalgique, on ne peut s’empêcher de l’être lorsqu’on constate que les voix du rappeur Skoob, du groupe Das EFX, et celle de Sticky Fingaz, d’Onyx, se sont éraillées avec le temps, que de légères rides marquent les yeux pétillants de Max Herre ou que l’on réalise que GZA aura 51 ans le 22 août.

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Et pourtant, comme l’a écrit le rappeur Gaël Faye, «l’esprit reste vivace». Car, malgré tout, le public est constitué d’une foule hétéroclite, où de nombreux jeunes côtoient des trentenaires et quadras mélancoliques. Au concours de breakdance, une foule de jeunes talents s’est lancée dans des acrobaties impressionnantes, tandis que la programmation suisse consacrait la relève, à l’image de la Genevoise Danitsa et de sa musique aux accents reggae, le Bâlois Lafa ou encore Ali, de Coire, dont les punchlines incisives font son succès outre-Sarine.

Le Royal Arena invite plus d’artistes suisses que n’importe quel autre festival et promeut activement une culture hip-hop nationale, en conviant également des vétérans, comme les Biennois La Base et Tru Comers, Knackeboul, ou encore les deux rappeurs Lo&Leduc, dont la chanson 079 est restée plus longtemps au hit-parade que n’importe quelle autre dans l’histoire.

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