Récit

«Rendez-vous nomades», Sylvie Germain

L’écrivain précise son rapport à Dieu et à l’écriture

Genre: Récit
Qui ? Sylvie Germain
Titre: Rendez-vous nomades
Chez qui ? Albin Michel, 190 p.

Un jour vient où, concernant les choses du ciel, il est bon de tout mettre à plat, quitte à sortir totalement désenchanté de cette lessive spirituelle, quitte à perdre sa croyance en Dieu. C’est sur ce chemin périlleux, mais ô combien nécessaire, que l’écrivaine française Sylvie Germain s’aventure dans son dernier livre. Il ne s’agit pas d’un essai. Ni d’un roman. Plutôt du récit d’une inquiétude existentielle, d’une intranquillité de l’âme, qui pousse l’auteure à faire un état des lieux de son intériorité et de son héritage catholique, ainsi qu’à explorer la signification de mots recouverts de poussière.

Qu’en est-il de Dieu, «le plus problématique de tous les mots»? Est-ce une fiction géniale, un mensonge éhonté? Qu’est-ce que la foi? Et la croyance? Pourquoi le mal, la souffrance? Pas de réponses dans ce livre. Sylvie Germain sait que toute réponse à ce genre de questions égare plus sûrement qu’elle n’indique la direction d’un port pour abriter nos angoisses métaphysiques. Alors, elle donne des pistes de réflexion.

Ainsi, «la foi n’est ni sage ni folle, et cependant l’une et l’autre. […] Elle défie la raison, elle la met à l’épreuve, tout en exigeant de faire alliance avec elle.» Elle n’est pas synonyme de «croyance», un terme «qui désigne aussi bien une opinion, plus ou moins confuse et précaire, qu’une pleine adhésion à une idée, à une théorie, à une doctrine.»

Ces Rendez-vous nomades sont aussi l’occasion pour Sylvie Germain de préciser son rapport à l’écriture, envisagée comme un état de veille. Le même qui a permis aux auteurs des livres qui forment la Bible d’entendre le murmure de l’invisible. Au final, l’écrivain est le passeur d’une Parole qui le dépasse, et qu’il doit interroger sans cesse sous peine de faillir à sa mission. Il n’y a rien de plus dangereux en effet qu’une lecture littérale des textes, qui étouffe le sens et l’esprit.

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