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Exposition

René Lièvre, ici l’ombre

A 81 ans, le photographe ajoulot expose pour la première fois. Des images des années 1960 et 1970, prises d’un Jura à l’autre, humaines et âpres

Il baisse la tête et se dissout dans l’air ambiant. Il s’appelle René Lièvre, il vit en Ajoie, il a un peu plus de 80 ans et cela en fait cinquante-cinq qu’il trimballe son objectif dans le Jura – compris au sens large – de part et d’autre de la frontière franco-suisse. La Galerie du Sauvage, à Porrentruy, présente les travaux d’ensorceleur de ce photographe atypique.

Un regard différent

Atypique, René Lièvre l’est à plusieurs titres: il souffre d’un léger déficit visuel – ce qui aurait pu n’être qu’un manque devient ici un regard différent; il utilisait (pour ses clichés des années 1960 et 1970 qui font le cœur de l’exposition) un Rolleiflex, qui force à incliner la tête durant la visée – un regard légèrement détourné qui va parfaitement à René Lièvre, lui qui dit n'aimer rien tant que de passer inaperçu, se fondre dans la foule. «Photographe de l’ombre» (c’est le titre de l’expo). Incognito.

Et incognito, c’est peu dire que René Lièvre l’aura été: l’exposition bruntrutaine sera sa première – et elle doit sa tenue à la persévérance du patron des lieux, Géraud Siegenthaler, qui a été fasciné par la qualité de ces images lorsqu’il les a découvertes. Et de fait, ces photographies en noir et blanc, prises dans les rues de Porrentruy ou dans celles de Belfort, dans la campagne jurassienne, aux alentours des fermes ou le long de voies de chemin de fer, sont proprement saisissantes.

«Capter le principal des choses»

Dans une récente interview à RFJ, René Lièvre disait ceci de son travail: «Ce qui m’intéressait, c’était de capter le principal des choses.» C’est étonnant, cette formule. Mais si on la laisse un peu tourner en l’air, on peut deviner ce qu’elle illumine: un sentier qui mène vers ce qui se trouve dedans, au dessous, derrière, ou au cœur. Et de fait, l’intensité de ses images est de celles qui vous agrippent pour vous amener au centre de la photo. Et peu en importe le sujet: ce magnétisme peut être exercé par un paysage (une ligne de sapins sous la pleine lune, un poteau électrique planté dans un décor nocturne de cousinage lynchien, une ferme saisie dans un automne boueux); par un objet (une poupée de cauchemar qui regarde derrière vous, une locomotive belle comme une bête humaine); ou par des gens (des paysans aux champs, une petite fille qui baille, un vieillard parcheminé). Un bel envoûtement, rude et humain à la fois.


«René Lièvre, photographe de l’ombre». Galerie du Sauvage, rue de la Chaumont 3, Porrentruy. Jusqu’au 17 juin.

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