Renens by ECAL

Durant plus d’un an, les étudiants en photographie de l’école d’art ont travaillé sur la ville qui les héberge. Le résultat est montré dans un livre et une exposition

De Renens, on connaît le grand silo, la multiculturalité et la présence de l’ECAL. C’est à peu près tout. En parcourant le livre de photographies verni jeudi soir par l’école d’art et la commune, on découvre des coins de nature, des personnages étonnants, une Porsche, des objets d’ici et d’ailleurs. Des regards jetés sur la cité, furtivement ou en profondeur, une moisson hétéroclite qui raconte cette ville-là, mais aussi toutes les autres. Durant trois semestres, quinze étudiants en troisième année de photographie ont travaillé sur les quartiers entourant leur école, sous la direction de ­Nicolas Faure.

«Je trouvais important que l’ECAL se penche sur Renens, puisque nous y sommes implantés. Une expérience l’année précédente sur Lausanne n’avait rien donné d’extraordinaire; Renens est plus petite et extrêmement riche en termes de diversité (urbaine, humaine…), ce qui promettait une production plus efficace», souligne l’enseignant, dont le projet couronne quatorze ans de présence à l’Ecole cantonale d’art lausannois (ECAL) et marque un départ à la retraite.

La production, donc: 153 images, dont quelques-unes en noir et blanc, publiées et exposées dans l’ancien «dancing» du cinéma Corso sous le titre 1020 Renens. De nombreuses vues architecturales, des portraits d’enfants, de jeunes athlètes, de membres d’une communauté noire ou de quelques vieillards. Celui, surprenant, d’un homme en costume assis à son bureau, devant un lourd rideau doré et les drapeaux américain et européen. Un consul à Renens? Le pasteur d’une église de «libération des âmes».

Beaucoup de clichés pointent un détail: pyramide de casseroles visqueuses à l’arrière d’un restaurant, pneu, tableau souvenir du Canada, plantes vertes dans un bureau. La griffe de l’ECAL est bien présente, dans les jeux de lignes urbaines, l’attrait du fragment, les couleurs pop ou au contraire désaturées, un certain humour. Nicolas Faure, pourtant, réfute tout exercice de style: «Avec moi, les élèves ne peuvent pas faire leurs «ecaleries». Je voulais qu’ils se frottent au monde dans lequel ils vivent et non qu’ils misent tout sur leur imagination. C’est un travail documentaire personnalisé, mais documentaire.»

On ne peut pas parler d’enquête photographique, à l’instar de celles qui ont cours à Fribourg ou en Valais, parce qu’il ne s’agit pas d’une commande des autorités, mais l’idée est bien là. Quinze regards finissent par dessiner un contour. «Je vis à Renens depuis une dizaine d’années, bien avant l’ECAL, note Jacques-Aurélien Brun, mais ce projet m’a amené à regarder ma ville sous d’autres perspectives, à l’étudier en profondeur. Chacun a cherché un sujet en adéquation avec sa démarche photographique; moi, je voulais une vision globale. J’ai beaucoup travaillé la nuit pour introduire cette notion d’errance.» Dans le portfolio de l’étudiant, un vendeur de kebabs à l’œil sombre, une fête foraine, une coupe de cheveux au rasoir, une villa mangée par le lierre. Le jeune homme est par ailleurs lauréat d’un Prix d’encouragement de la Ville de Renens, pour un travail exposé parallèlement au programme ecalien.

Sollicitée dès le départ, la commune a répondu présent en facilitant l’accès des photographes à différents lieux, en mettant à disposition l’espace du Corso et en finançant la publication à hauteur de 10 000 francs. Marianne Huguenin, syndique, se dit ravie que les contacts réguliers entre autorités et école se prolongent dans un tel projet. «J’observe tout à coup ma ville à travers d’autres yeux. Beaucoup d’étudiants ne font que traverser Renens, ils n’en ont une vision que partielle, mais la totalité de leurs regards offre une certaine diversité. J’ai été étonnée par l’absence de certains éléments et la présence de certains autres, comme les palmiers dans les jardins! Le multiculturalisme est évidemment très marqué; or Renens ne peut se réduire à cela. L’un des élèves a travaillé sur l’existence de grandes entreprises sur notre sol; c’est une réalité moins connue.» Dans le livre, tous les clichés sont mélangés, sans légende ni mention de leurs auteurs – un index les liste à la fin. Ce qui marque plus encore l’impression d’un ­regard balayant large.

1020 Renens, jusqu’au 27 mars au sous-sol de l’ancien cinéma Corso, à Renens. Publication de 204 pages, disponible auprès de la Ville ou à l’ECAL, pour 30 francs. www.ecal.ch

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Nicolas Faure

Ex-enseignant à l’ECAL

«Avec moi, les élèves ne peuvent pas faire leurs «ecaleries». Je voulais qu’ils se frottent au monde dans lequel ils vivent»