Est-ce déjà la queue de la comète ou juste un passage à vide en attendant un nouveau souffle? Né au tournant du millénaire, l'étonnant renouveau argentin se cherche alors que la crise qui a secoué le pays s'estompe. En début de festival, Pablo Trapero avait su resserrer les boulons de son cinéma pour livrer un prenant Leonora. Second film argentin en compétition, La Femme sans tête (La mujer sin cabeza) de Lucrecia Martel partait lui avec l'avantage d'être le seul cette année (sur 22!) réalisé par une femme.

Révélée avec l'inquiétant La Ciénaga (2001) puis adoubée à Cannes avec La Niña santa (2004), la cinéaste allait-elle réussir la passe de trois? Las! Il aura fallu déchanter avec ce film, inspiré par un cauchemar récurrent: celui d'avoir tué quelqu'un. Martel transforme ce point de départ qui en vaut d'autres en racontant la mésaventure de Veronica, une grande bourgeoise qui, un jour sur la route, écrase un chien et peut-être son jeune maître avec, dans un moment d'inattention. Peut-être, parce qu'elle a préféré repartir sans descendre de son véhicule...

Centré sur le visage de l'élégante Maria Onetto, le film abuse de l'écran large sans profondeur de champ, qui isole la femme ébranlée. Autour d'elle, les dialogues n'ont que peu d'importance. Bref, elle flotte entre mari et amant, amis et domestiques, à peine identifiables. Et lorsqu'elle finit par tout avouer, il est déjà trop tard: alors qu'elle se fait livrer des plantes par le patron du garçon, quelqu'un semble avoir entrepris de faire disparaître toute trace de l'accident et de son passage ce jour-là. Ange gardien? Conspiration masculine qui ne fait que mieux l'étouffer elle? Allégorie sur le «charme discret de la bourgeoisie»? On n'en saura pas plus: juste au moment où le film semble vouloir décoller, c'est déjà fini. Et d'un ennui certain.

Encore plus insaisissable est la démarche de Lisandro Alonso, auteur d'un inoubliable Los Muertos (2004). De retour à la Quinzaine des réalisateurs avec son 4e long-métrage, Liverpool, ce partisan d'un minimalisme radical colle à nouveau aux basques d'un personnage mutique. Sur un cargo qui doit faire escale à Ushuaia, en Terre de Feu, le marin Farrel finit par demander une permission pour aller rendre visite à sa vieille mère. Il erre une nuit dans le port puis monte sur un camion qui le dépose dans un village de bûcherons sous la neige. Entre une mère gâteuse et une fille simplette qui pourrait bien être la sienne, notre bel aventurier n'en mène pas large, puis disparaît. Fin? Non, on reste encore un moment avec la jeune fille, qui finit par regarder le cadeau qu'il lui a laissé, un porte-clés Liverpool.

Alors bon. S'il est indéniable qu'un tel film peut entrer en dialogue avec la solitude de chacun, on constate ici que le cinéma d'Alonso, loin de la nature, n'exerce plus la même fascination. L'austérité de la mise en scène aurait même un effet d'éteignoir, de sorte que cette histoire de fuites et de retour impossible ne nous concerne plus guère. Le mystère fait place au système, qui commence à tourner à vide. Un danger qui guette toute la «nouvelle vague» argentine?