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Rentrée littéraire: les paris des libraires

Que lire? Difficile de faire son choix parmi les 607 concurrents qui prendront place sur les rayons.De Genève à Sion, du thriller au roman historique, dix libraires romands livrent leurs choix et leurs espoirs

Rentrée littéraire: les paris des libraires

Livres Que lire? Difficile de faire son choix parmi les 607 concurrents qui prendront place sur les rayons

De Genève à Sion, du thriller au roman historique, dix libraires romands livrent leurs choix et leurs espoirs

La rentrée littéraire, c’est demain, ou presque. Aux premières loges, les libraires: dans une jungle qui compte 607 nouveaux romans, chacun a butiné en liberté. D’un côté, il y a les stars: Amélie Nothomb, Emmanuel Carrère, David Foenkinos, Frédéric Beigbeder, Haruki Murakami, Olivier Adam, Noëlle Revaz. De l’autre, des novices, qui aspirent aux projecteurs. Le Temps a demandé à ces lecteurs professionnels que sont les libraires de se mouiller, de distinguer les livres qui feront le bonheur de l’automne. Nous leur avons posé à chacun les trois mêmes questions: quel est leur livre préféré? Celui qui les a surpris? Lequel remportera le Prix Goncourt?

Christophe Duvaut, Payot Rive gauche, Genève

Le préféré: Ce sont des choses qui arrivent, Pauline Dreyfus, Grasset, 352 p., 20 août. «L’arrivée des Allemands à Paris, une tragédie pour beaucoup, mais pas pour cette femme de haut rang, protégée par sa naissance et son mariage, qui vit comme séparée d’une époque dont elle ne comprend rien. Son drame à elle sera personnel, sans salaud ni héros.» La surprise: Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal, Gallimard, 184 p., 21 août. «Où sommes-nous? Quand? Ce livre est un ovni. Dans ce propos dense et électrisant, il est question d’abandon, de fuite, de menace, ou plutôt des mécanismes psychologiques qui les sous-tendent. Olivia Rosenthal réussit la prouesse de ne pas perdre son lecteur en ne lui donnant que très peu d’éléments concrets.» Le Goncourt: Charlotte, David Foenkinos, Gallimard, 224 p., 21 août. «L’histoire d’une jeune artiste déportée à Auschwitz, écrite en vers libres, ce n’est certes pas ce qu’on attendait de David Foenkinos qui n’était, jusqu’alors, ni un grand romancier ni un grand styliste. Mais pour Charlotte, il a souffert… au point de décider d’arrêter d’écrire, pour un temps.»

Françoise Berclaz, La Liseuse, Sion

Le préféré: Excelsior, Olivier Py, Actes Sud, 272 p., 20 août. «Pour lors, j’ai surtout été occupée par la rentrée scolaire… mais je vais me jeter sur le livre d’Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon. Un livre, ça se renifle: la couverture dans les bleus, un ponton qui s’avance sur la mer, le quart de couverture évoquant «le désir de la transcendance et la nécessité de la beauté», tout pour me plaire.» La surprise: La Chute des princes, Robert Goolrick, Anne Carrière, 360 p., 28 août. «Goolrick est un Américain de 67 ans qui a commencé à publier au soir de son existence. Ce livre s’annonce d’autant plus intéressant que l’auteur a perdu son père avant d’entamer l’écriture du roman et qu’il entretenait avec lui des rapports très compliqués.» Le Goncourt: Oona & Salinger, Frédéric Beigbeder, Grasset, 288 p., 20 août. «Frédéric Beigbeder a toute la presse avec lui. Les prix littéraires, c’est bien souvent du copinage! Enfin, peut-être verrons-nous de l’indépendance d’esprit…»

Mélissa Rendu et Yasmina Giaquinto, Librairie du Baobab, Martigny

Le préféré: L’Histoire d’un amour, Catherine Locandro, Héloïse d’Ormesson, 272 p., 21 août. «Un matin, un professeur de lycée, attablé dans un café, tombe sur un article qui le fascine: l’histoire d’amour d’un jeune homme et d’une cantatrice… sa propre histoire. Jusqu’aux dernières pages, on ignore l’identité de la chanteuse et, pour sûr, si on l’avait su dès le début, on n’aurait jamais ouvert le livre.» La surprise: L’Infini livre, Noëlle Revaz, Zoé, 320 p., 21 août. «Ce livre parle de notre quotidien poussé à son paroxysme: plus personne ne lit, seules les couvertures comptent, tout se joue dans l’apparence, tout est question de people et de plateaux télé. Ironique d’écrire un livre sur ce sujet…» Le Goncourt: Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy, Flammarion 240 p., 20 août. «Des destins d’exilés par le témoignage de la seconde génération qui, elle, ose prendre la parole. Parmi ces portraits, celui du cousin de son père, rendu fou après son départ du Vietnam qui était alors à feu et à sang.»

Chantal Nicolet-Schori, La Méridienne, La Chaux-de-Fonds

Le préféré: A l’origine notre père obscur, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 164 p., 20 août. «Dans la «Maison des femmes» sont enfermées des sœurs, des épouses, des filles qui ont contrevenu aux lois patriarcales d’un pays musulman qui ne sera jamais nommé. Nous découvrons cet univers clos et les histoires de ces femmes par les yeux d’une petite fille, y vivant avec sa mère, dans un conte qui rappelle les Milles et Une NuitsLa surprise: Un Monde flamboyant, Siri Hustvedt, Actes Sud, 416 p., 3 septembre, traduit par Christine Le Boeuf. «J’adore les thématiques de cette auteure: l’art et la femme. Son dernier roman est un thriller intellectuel où un professeur d’esthétique mène l’enquête.»

Yann Courtiau, Le Rameau d’Or, Genève

Le préféré: Autour du monde, Laurent Mauvignier, Minuit, 384 p., 4 septembre. «De courts chapitres narrant les histoires d’exilés volontaires ou non: des personnages hétéroclites qui ne convergent que par leur regard sur Fukushima, en mars 2011. Le livre d’un jeune auteur ancré dans son siècle de déplacement et de globalisation, et qui parvient à décrire son époque de façon littéraire.» La surprise: A la lecture, Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet, Grasset, 240 p., 10 septembre. «Entre 1993 et jusqu’à peu, Véronique Aubouy a tourné Proust lu, une lecture filmée d’A la recherche du temps perdu faite par 2000 amateurs de tous horizons, et qui dure 180 heures. Ce livre revient sur le tournage, la relation des lecteurs avec l’œuvre de Proust, dans un style qui rappelle celui du génie.» Le Goncourt: Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet Chastel, 144 p., 28 août. «Marie-Hélène Lafon fait partie de l’école de Brive, dont la thématique phare est la paysannerie française évoquée avec désenchantement. Le portrait de Joseph, l’ouvrier agricole, est fait de phrases ciselées très précises, par une romancière très intelligente.»

Nathalie Romanens, Des livres et moi, Martigny

Le préféré: Viva, Patrick Deville, Seuil, 224 p., 20 août. «Patrick Deville retrace l’arrivée de Trotsky au Mexique, chez Frida Kahlo. Au détour de sa vie, on croise tous les grands noms du XXe siècle (Breton, Artaud, Cendrars, Lowry) dans le bouillonnement révolutionnaire des années 30. Un livre plein d’anecdotes qui nous donne envie d’en lire d’autres. Digne d’un Goncourt!» La surprise: Big Brother, Lionel Shriver, Belfond, traduit par Laurence Richard, 448 p., juin 2013. «Une femme retrouve son frère qu’elle n’a pas vu depuis dix ans. Il a pris cent kilos… Big Brother est un roman culotté, qui parle de l’absence de limite, dans le trop comme le trop peu. Une fois le livre refermé, soit vous avez l’appétit coupé, soit vous vous jetez sur de la nourriture.»

Véronique Rossier, Nouvelles Pages, Carouge

Le préféré: Portrait d’après blessure, Hélène Gestern, Arléa, 250 p., 4 septembre. «L’histoire d’un homme qui extirpe une femme des débris causés par un attentat dans le métro. Leur photographie apparaît sur la couverture d’un tabloïd et devient une icône. Comment vivre après une telle tragédie, quand elle est exposée ainsi au regard du grand public? A-t-on le droit de tout voir?» La surprise: Un Eté en famille, Arnaud Delrue, Seuil, 160 p., 21 août. «Un jeune homme met au jour une histoire de famille monstrueuse en recherchant les motifs du suicide de sa sœur… Une écriture sobre qui, par le biais d’un mot bien placé, dévoile tout.»

Dominique Riat, Albert le Grand, Fribourg

Le préféré: Une Vie à soi, Laurence Tardieu, Flammarion, 192 p., 20 août. «Dans ce récit autobiographique, la romancière évoque sa rencontre avec Diane Arbus, au Jeu de Paume, qui lui consacre une rétrospective: un choc esthétique et existentiel qui mettra un terme à son blocage d’écriture. Un livre de chair et de sang où tombent les masques, les uns après les autres.» La surprise: L’Ecrivain national, Serge Joncour, Flammarion, 400 p., 27 août. «Un écrivain est invité en résidence chez deux libraires pour une retraite tranquille; du moins c’est ce qu’il croit. Un meurtre est commis dans la région et l’écrivain, ému par la photo de la compagne du suspect, décide de mener l’enquête. On ne s’attendait pas à ça de la part de Serge Joncour.»

Marie Musy, Librairie du Midi, Oron-la-Ville

Le préféré: Enon, Paul Harding, Le Cherche Midi, 288 p., 21 août, traduit par Pierre Demarty. «La descente aux enfers d’un homme qui a perdu sa fille dans un bête accident de vélo. Il ne se sort plus de chez lui, ne se lave plus. Le soir, il erre dans le cimetière, monde de métaphores et de poésie… deux univers se mélangent. Ce n’est pas un livre sur le deuil, mais sur l’instinct de survie.» La surprise: Tristesse de la terre, Eric Vuillard, Actes Sud, 176 p., 20 août. «L’histoire véridique de Buffalo Bill et de son spectacle itinérant, le Wild West Show, qui a modelé, en grande partie, l’imaginaire de la conquête de l’Ouest dans l’esprit populaire. Une réflexion sur le théâtre et les a priori qu’il véhicule dans un style particulièrement élégant.» Le Goncourt: Le Royaume, Emmanuel Carrère, P.O.L, 640 p., 11 septembre. «Faire revivre le monde méditerranéen au moment de la naissance du christianisme, ­évoquer des soubresauts politiques et religieux, quoi de plus adapté à la situation d’aujourd’hui? Emmanuel Carrère risque bien de décrocher le prix, d’autant plus qu’il a souvent fait partie des listes.»

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