1. Les pensées de Blocher (on postule donc par hypothèse que Blocher pense), librement traduites du schwyzerdütsch: «Ce sale petit con de jeune gauchiste fait de la provocation! C'est malsain, la provocation! En plus, ça crée un débat, ça m'énerve, ça m'énerve! Il faut arrêter avec cette pseudo-culture qui n'est pas politiquement correcte. On devrait lancer une campagne d'annonces à la Ulrich Schlüer, comme celle sur le pourcentage futur de musulmans en Suisse, qui avait très bien marché. Il n'y a qu'à inventer une jolie courbe statistique montrant qu'en 2040, disons… 75% du budget de l'Etat servira à subventionner des artistes, tous fainéants et subversifs. On sait déjà qu'il y a des journaux qui accepteront de publier plusieurs fois cette annonce; Le Temps, par exemple. Et quand on nous dira que c'est du pur mensonge haineux, on répondra: «Mais non, c'est juste de la provocation! C'est sain, la provocation! En plus, ça crée le débat! Il faut arrêter avec la pseudo-culture du politiquement correct!»

2. Pascal: «Pour toi, ma chère Micheline, je propose ton plat préféré. Tu adores ça, puisque c'est ton menu quotidien de femme socialiste au Conseil fédéral: des couleuvres.»

Micheline: «Et pour toi mon cher Pascal, j'ai pensé à un menu spécial radicaux: de l'oseille flambée à la Swissair, des épinards au beurre façon Swisslife et du blé sauté Rentenanstalt. Et bien sûr l'actuel mets préféré de ton parti: les salades à la sauce UDC, et une choucroute.»

Pascal: «Pourquoi une choucroute?»

Micheline: «Pour pédaler dedans.»

4. Après une cinquantaine d'heures d'essayage, de coupes et de retouches, Karl Lagerfeld, vert de rage, piétine ses lunettes bleues: pas moyen d'habiller ce type. Exactement comme avec Joseph Deiss l'année d'avant! C'est vraiment à n'y rien comprendre. Car à chaque fois qu'il a la délicate mission de vêtir des

ministres suisses, le couturier se heurte à un phénomène très bizarre, aussi paradoxal que déroutant. On ajuste leur costume avec les patrons, et là, ça ne fait pas un pli, tout s'accorde à merveille. Mais ensuite, c'est toujours le même problème: on a beau essayer toutes les tailles, même les plus petites, couper et recouper, serrer et resserrer, le costume d'homme d'Etat est toujours trop grand pour eux.

5. Chers concitoyennes, chers concitoyens. Mon nom ne vous dirait rien. Je ne suis pas vraiment un grand de ce monde. Je suis un petit de ce monde très grand, qui a grandi dans ce pays très petit. Mon vœu pour 2005: avoir vraiment le droit de vous dire «chères concitoyennes, chers concitoyens». Et les 522 autres requérants aussi. Bonne et heureuse année à tout le monde.