Le confinement vous a plu? Vous rêvez de vous isoler à nouveau pour faire le point sur ce qui est important et ce qui ne l’est pas? Le Roitelet huppé, joli concept imaginé par La Boîte à Images, vous en donne l’occasion dans différents coins de Genève, avant Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Enfermé durant vingt minutes dans une roulotte obscure, vous entrez dans le crâne d’un trentenaire qui a quitté la civilisation pour la vie en solitaire. Chaleur, froid, frugalité, rats et humidité: en voix off, le jeune ermite détaille les conditions de sa survie et consigne son aventure dans des carnets, croquis ou installations qui s'éclairent au fil du récit. Les claustrophobes s’abstiendront, les autres se régaleront. Car l’immersion réserve des surprises et permet de s’interroger sur la notion de nécessaire.

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Des sacs de riz et de pâtes, des boilles d’eau potable, quelques vêtements. Voilà de quoi est équipé le narrateur lorsqu’il décide de laisser son confort pour rejoindre une usine désaffectée à l’orée d’une forêt. On n’apprend qu’à la fin l’épisode coup de poing qui a motivé ce choix. Pour le moment, la voix souple du comédien Damien Naïmi, qui signe également le texte, décrit le quotidien de ce Robinson contemporain. Comment il se nourrit de baies des bois en regrettant de ne pas mieux connaître les plantes et leurs secrets, comment il imagine un système pour que ses denrées ne soit pas dévorées par les rats, comment il attend avec impatience la pluie après un été trop chaud ou comment il vole la proie d’un lynx qu’il surprend en plein assaut.

«Into the wild» romand

Le hamac, qui cède souvent, est aussi l’emblème de cette vie sauvage et précaire. Lorsqu’il aperçoit des promeneurs dans la forêt, le jeune homme devenu animal se cache de peur de les effrayer. Sa barbe, dit-il, a plus que poussé… L’échappée rappelle le film culte Into the wild, d’autant que le narrateur privilégie la recension des faits à l’analyse psychologique.

Pour le spectateur, l'expérience est intense à l’image des visuels signés Albertine Mermet et des trouvailles mécaniques conçues par Frédéric Junod. A la musique, Ernestine Mermet livre une bande son qui importe la nature dans ce lieu clos. L’expérience peut se mener à quatre, pour autant que les personnes se connaissent, Covid oblige. Mais confronter sa solitude à celle du héros est sans doute plus percutant. Ainsi, on réfléchit mieux aux bugs et impasses de sa propre vie…


Le roitelet huppé, les 25 et 26 septembre, Plaine de Plainpalais, Genève. Le spectacle va ensuite à Plan-les-Ouates (le 27 sept.), à La Capite (les 2,3 et 4 oct.), à Porteous (les 9,10 et 11 oct.), à Môtiers (les 17 et 18 oct.), à Neuchâtel (les 24 et 25 oct.) et à La Chaux-de-Fonds (les 31 oct et 1er nov.)