Les chiffres donnent le tournis: depuis l’interdiction des rassemblements et la désertion des scènes il y a un an, rien qu’en Suisse romande quelque 2000 manifestations ont été annulées. Des évènements fantômes auxquels 1,6 million de spectateurs n’assisteront jamais, creusant une perte de 80% dans les revenus du secteur. C’est ce «bilan catastrophique» que tirent les organisateurs de spectacles et festivals romands dans un communiqué publié jeudi matin, appelant à des aides «étendues et renforcées» des autorités. A la veille de la prochaine conférence de presse du Conseil fédéral, qui devrait annoncer les détails d’une (timide) réouverture culturelle, l’heure n’est-elle pas à l’optimisme?

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«Moyennement, répond de but en blanc Vincent Sager, directeur d’Opus One et signataire de la lettre ouverte aux côtés du Montreux Jazz, de Sion sous les étoiles ou encore des Docks de Lausanne. Nous craignons que cette réouverture ne soit l’arbre qui cache la forêt, en permettant à une partie des institutions d’accueillir à nouveau 50, 100 personnes, ce qui est une bonne nouvelle mais ne nous concernera pas. On en revient toujours à cette dualité entre les acteurs institutionnels, qui peuvent s’affranchir des enjeux de fréquentation et imaginer des concepts pour un public restreint, et ceux dont le financement dépend de la billetterie. On estimait nécessaire de rappeler cette réalité.»

Un «parachute» au parlement

Celle des salles de spectacles et des festivals – «les premiers à fermer, les derniers à rouvrir» – toujours sur des sables mouvants alors que les horizons sanitaires restent flous et l’écosystème du live bouleversé. «On sent que de plus en plus d’artistes s’interrogent: cela a-t-il un sens de prévoir un concert en 2022 pour un album composé en 2019? Certains pensent tout bonnement annuler», note Vincent Sager.

Bonne nouvelle, les grands rendez-vous de l’été commencent à dévoiler leurs moutures covid-compatibles, à l’image de Paléo et son 45e Parallèle réduit et rallongé. Mais celles-ci restent hypothétiques. «Pour l’instant, rien n’a été autorisé ni interdit, constate Vincent Sager. On est dans une phase d’espoir mais pas de certitudes et, pour les festivals, c’est une course contre la montre.»

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Le temps manque, les filets de sécurité aussi. Depuis plusieurs mois, les organisateurs demandent la mise en place d’un fonds de soutien, sorte d’assurance d’indemnité en cas d’annulation. C’est de ce principe de «parachute» que débattent cette semaine les chambres parlementaires. «Chez Opus One, cela nous permettrait par exemple d’imaginer une grande exposition à Palexpo, sans prendre le risque de se retrouver, en cas de revirement sanitaire, avec des millions qu’on ne pourrait pas éponger.»

Au bout des réserves

Le passeport covid, planche de salut pour les amoureux des foules? Sur ce sujet, les organisateurs préfèrent rester prudents. «Il s’agit d’enjeux sensibles, le débat est vif et nous ne nous estimons pas compétents pour trancher. Les autorités doivent piloter ces réflexions.»

C’est la demande que leur lance aujourd’hui, à l’unisson, la quarantaine de signataires: clarifier et mettre en place des conditions de reprise solides ainsi que, dans l’intervalle, continuer de les soutenir. Grâce à la prolongation des RHT mais aussi à une indemnisation de 100% des pertes, contre une moyenne de 70% actuellement. «Depuis un an, on paie de notre poche les 30% de ces factures qui tombent quotidiennement en puisant dans nos réserves, souligne Vincent Sager. Si l’aide n’augmente pas, on va arriver au bout de ces réserves. Et de nos possibilités.»