On le disait depuis quelques années ronronnant. Le Festival d'Avignon est pourtant sorti cette année de sa torpeur. Grâce à la bonne tenue de son programme, dopé par la présence des artistes sud-américains. Conséquence: 115 000 spectateurs ont assisté à une cinquantaine de spectacles, soit 15% de plus que l'année passée. Mieux: l'édition de l'an 2000, dotée de moyens accrus, devrait être somptueuse, avec une pléiade de metteurs en scène d'Europe de l'Est réunis à l'enseigne du programme «Theorem»; et avec quelques beaux noms du gotha théâtral et chorégraphique européen, dont Stéphane Braunschweig, Declan Donnellan, Peter Brook, Joseph Nadj… Isabelle Huppert, dirigée par Jacques Lassale, jouera Médée d'Euripide.

A quoi tient la réussite de cette 53e édition? Pas aux prétendus événements de la Cour d'Honneur du Palais des Papes. Le Henry V de Shakespeare, mis en scène par Jean-Louis Benoit, fut d'une insigne platitude. Quant à Personne n'épouse les méduses du chorégraphe Angelin Preljocaj, il a douché public et critique. L'inspiration était à chercher ailleurs. Chez les Chiliens de la Troppa notamment, qui ont fait rimer poésie et effroi dans Gemelos d'après Agota Kristof. Chez les Argentins d'El Sportivo Teatral de Buenos Aires, qui ont joué à couteaux tirés Le péché que l'on ne peut nommer, d'après Roberto Arlt. Ou encore chez les jeunes allemands Thomas Ostermeier et Sasha Waltz, qui reprendront prochainement la direction de la Schaubühne de Berlin. Le premier a séduit par son esthétique réaliste et crue. La seconde, chorégraphe de 36 ans, a enthousiasmé par son imaginaire concret, tout en bottes de foin et de cuir. On n'oubliera pas Anouk Grinberg lisant, grave et fraternelle, La Douleur de Marguerite Duras. Comme une mouette noire dans le mistral.