L’autre jour, la patate de canapé que je suis a retrouvé le bureau après trois mois de télétravail. Une expérience ambiguë. La joie de revoir des collègues, mais aussi l’impression de devoir entrer dans une boîte à chaussures.

Dans cette chronique aux premiers jours du retranchement, j’avais soutenu l’idée que les amatrices et amateurs de séries représentaient l’avant-garde des mesures d’hygiène collective. Sortir de manière utilitaire, aménager son intérieur pour y vivre durablement, lire ou visionner à haute dose dans nos canapés? Pas de problème, nous connaissons cela du bout des doigts – posés sur la télécommande.

Ce désespérant siège unique

Et puis, l’autre jour, le bureau. C’est grand, propre. Tout est figé, et figeant. Pendant trois mois, j’ai travaillé allongé sur mon lit face à l’ordinateur (OK, ce n’est pas terrible pour les yeux, mais plaisant), vautré dans mon canapé (moi patate!), à mon bureau domestique. Hors de chez moi aussi, même sur un banc, pour varier. L’ordi, les abos télécoms illimités et le partage de connexion sont les pelles et marteaux des travailleurs de ce siècle.

Ce qui m’a frappé en retrouvant le bureau est cette contrainte de rester des heures devant mon écran, sur une même chaise. Mon employeur est sympa, nous avons de bons fauteuils. Mais c’est le même siège, pendant huit heures ou plus. De fait, j’ai passé la journée à sauter comme une puce, me lever, travailler debout quelques instants, puis changer d’espace. Je me sentais flotter, je n’avais pas de canapé où me lover un temps pour œuvrer l’écran au-dessus de ma tête, aucune surface où me coucher trente minutes – juste pour empoigner l’ordinateur, toujours lui, autrement.

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Des états d’esprit divers dans les mêmes creusets

Je travaillais déjà souvent chez moi. User le canapé dans des moments privés ou professionnels repose sur une manière, en fait assez subtile, d’alterner entre les états d’esprit.

Bien sûr, au bureau, j’ai bénéficié d’innombrables interactions utiles et sympathiques. Mais je ne peux m’empêcher de penser à un dispositif d’élevage de secrétaires en batterie du XXe siècle que l’on reproduit à l’heure des réseaux. Quand l’open space apparaît comme un cloisonnement. Pour certains, le confinement nous a ouvert l’esprit.

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