Avec sept nominations dont celles du meilleur acteur pour Jude Law et du meilleur second rôle pour le cabotinage de Renee Zellweger en paysanne sudiste, Anthony Minghella pourrait avoir atteint son but. Mais à moitié seulement puisque son Retour à Cold Mountain n'est ni nominé pour le meilleur film, ni pour la meilleure réalisation, ni pour la meilleure actrice (Nicole Kidman). Preuve que l'Académie des Oscars a parfois bon goût, elle ne s'est pas laissé empapaouter par son Patient anglais deuxième couvert. Un mélo sur fond de guerre de Sécession où Nicole Kidman, raide comme une statuette au brushing impeccable dans la gadoue, remplace Juliette Binoche, et Jude Law, parfait soldat sudiste déserteur, succède à Ralph Fiennes.

Bataille de Gettysburg, donc, juillet 1864. Inman (Law) a quitté son amour Ada (Kidman) pour en être. Mais les Tuniques bleues sèment la pagaille dans la seule scène réussie des deux heures trente qui suivent. Après? Après, Inman survit sous des monceaux de terre et de chair. Accroché aux lettres de sa belle, il décide de rentrer à pied, dans un Sud dévasté où les déserteurs sont pendus séance tenante. Maintes fois il tombe, maintes fois il survit, gravement blessé, épuisé, avant de rejoindre, plus mort que vivant, Ada qui l'attend.

Minghella tenait de l'or avec ce récit-là. Malheureusement, le cinéaste choisit de raconter parallèlement l'attente d'Ada, forte face à la barbarie, féministe contre l'opinion réactionnaire, amie de la rude Ruby (Zellweger). Et cette partie du film, sa guimauve, a la jambe plus courte qui porte la promenade d'Inman. Le film va donc clopin-clopant entre une odyssée d'Ulysse et un Autant en emporte le Vent façon salon de coiffure. Tout le cinéma de Minghella: une mise en plis impeccable, amidonnée, où ni le vent, ni le naturel ne viennent froisser une émotion programmée.

Retour à Cold Mountain (Cold Mountain), d'Anthony Minghella (USA 2003),

avec Nicole Kidman, Jude Law, Renee Zellweger.