Il y avait probablement trop de talents au début des années 1970, bien plus de richesses que ne pouvaient en recevoir les oreilles des hommes. Des chefs-d’œuvre passaient ainsi à la trappe, pour peu que le public fût mal luné ou la promotion trop cavalière. Mais tout de même. Time of the Last Persecution: pourquoi une telle indifférence en 1971? Il ne faut pas s’arrêter au titre aussi mystique que sublime, ni se laisser piéger par la photo de pochette: Bill Fay n’était ni un fou de Dieu, ni un malade mental, juste un compositeur hors pair qui avait glissé foule de chansons à se damner dans son deuxième album. Qui resta donc aussi confidentiel que le premier, sorti un an plus tôt. Deux essais, deux loupés, une fin de carrière à 27 ans, un âge décidément maudit.

La légende a longtemps voulu que le Londonien soit une sorte de J.D. Salinger anglais, reclus et naufragé volontaire. Ce n’était pas du tout le cas: il a beaucoup enregistré et composé, toujours embarqué entre deux boulots en dehors de l’industrie musicale. Mais il manquait à chaque fois quelque chose pour valider une sortie: un single potentiel, ou une vraie volonté des maisons de disques.