C'est David contre Goliath. Mais pour ceux qui ne goûteraient pas la prise en otage de la Fête du travail par un non-événement dicté par Hollywood, une alternative existe: la sortie de La Boillat vivra!, documentaire signé Daniel Künzi. D'un côté, 150 copies pour l'homme-araignée, de l'autre quelques DVD qui circulent entre Genève et le Jura. On n'ira pas jusqu'à dire que l'intérêt est inversement proportionnel à ce rapport de forces, mais on n'est pas loin de le penser.

La première bonne surprise, c'est bien sûr d'apprendre qu'un cinéaste était à l'œuvre en ces jours de l'hiver 2006 qui ont tenu en haleine le pays. Rupture d'une «paix du travail» devenue trop unilatérale, la grève de l'usine Swissmetal de «la Boillat» à Reconvilier restera en effet un cas d'école. Bien sûr, le film arrive trop tard pour influer sur l'issue du conflit. Mais pas forcément dans l'absolu, vu la forte probabilité de remakes dans d'autres entreprises.

Ce documentaire chronique donc les événements, vus du côté des métallos. Fidèle à sa ligne, la direction de Swissmetal n'a pas jugé utile de s'y exprimer. Il en résulte un film sans doute trop partiel et partial, mais tout de même intéressant, derrière son titre militant. Un film qui dit bien la dégradation des conditions de travail, l'étrange timidité des syndicats et l'impuissance des politiques face à une économie financiarisée toute-puissante. Malgré un bel élan de solidarité, le final est donc amer.

Même sans posséder l'intelligence du récent Ma mondialisation de Gilles Perret, La Boillat vivra! interpelle. Il rappelle surtout que derrière la satisfaction des actionnaires, derrière les salaires mirobolants des directeurs et la «santé réjouissante» du pays, se cachent une souffrance humaine et une violence sociale absentes des statistiques, qui pourraient se transformer en bombe à retardement.

La Boillat vivra!, documentaire de Daniel Künzi (Suisse 2007). 1h20. Séances spéciales en présence de métallos de «la Boillat» mardi soir à Genève (CAC-Voltaire, 19h) et Moutier (Le Cinoche, 20h), mercredi à Saint-Imier (Espace noir, 20h).