Genre: Polar

Qui ? Robert Goddard
Titre: Le Retour

Trad. de l’anglais par Elodie Leplat

Chez qui ? Sonatine Editions, 400 p.

 

Souvent, les paysages des romans policiers participent activement au déploiement de l’intrigue. Avec Agatha Christie, le bocage humide de l’Angleterre a définitivement acquis ses lettres de noblesse. Il y a d’autres écoles, préférant les montagnes rocailleuses du Montana, les quartiers glauques des mégalopoles américaines ou les froides plaines de Scandinavie. Robert Goddard, lui, a choisi la Cornouailles.

 

Septembre 1981. Après s’être distancié quelques années de sa famille fortunée, Chris Napier revient au bercail dans l’une des vieilles décapotables qu’il retape comme garagiste. Le mariage de sa nièce se tient en grande pompe dans la propriété familiale de Truro. Cette «pointe reculée et humide de la péninsule du sud-ouest de l’Angleterre», où habite d’ailleurs l’écrivain.

Alors que cet ancien alcoolique fait tout pour ne pas succomber à l’appel de la boisson, Nick, son ami d’enfance, surgit de nulle part. «Ses vêtements étaient déchirés et poussiéreux: un jean usé jusqu’à la trame et une chemise à carreaux au col ouvert sous un vieil imperméable.» Celui qu’on prend d’abord pour un clochard vient soutenir que son père – pendu il y a une trentaine d’années pour le meurtre du grand-oncle de Chris – n’était pas coupable. Et repart comme il était venu. L’histoire aurait pu s’arrêter là… Sauf que le lendemain aux aurores, alors que Chris se promène dans les vestiges de la noce, il tombe une nouvelle fois sur Nick. Mais cette fois, ce dernier est pendu à la branche de l’arbre que les deux gosses aimaient escalader durant leur enfance. Pour Chris, c’est un signal: il décide de se plonger dans l’enquête.

La faute aux polars

«Les meurtres sont souvent simples. C’est à cause des écrivains de polar que les gens croient le contraire», assène un personnage au fil de l’histoire. Et pourtant, rouvrir ainsi les plaies du passé ne se fait jamais sans mal. Chris découvre que son grand-oncle – immensément riche suite à ses aventures dans le Grand Nord américain au début du siècle – a bien été assassiné par un petit voyou en 1947. Mais le commanditaire du meurtre n’est peut-être pas le père de Nick comme on l’a cru lors du procès qui avait suivi.

Commence pour Chris une longue plongée dans le passé, entrecoupée de souvenirs et de découvertes peu reluisantes sur sa propre famille. Les descendants des protagonistes principaux s’entrecroisent, éclaboussés chacun par les fardeaux issus des générations précédentes.

Au-delà des quelques premiers chapitres passablement touffus, le roman se révèle particulièrement structuré. Et parsemé de petites formules efficaces – «une maille avait sauté dans le tricot de la journée» –, de cliffhanger pas trop grossiers – ces «coups de théâtre» forçant le lecteur à attaquer le chapitre suivant – et d’ingénieuses trouvailles pour orchestrer les allers-retours entre les différentes époques. Mais surtout, Robert Goddard excelle dans l’art de décrire ce coin oublié du sud de l’Angleterre. Comme ce coteau «où des points blancs qui, n’était la régularité de leur espacement, pourraient être des moutons qui paissent tranquillement, et non les pierres tombales des morts qui reposent à jamais sur ce flanc de colline».