A l’automne 2017, Budimir Zecevic, ancien directeur d’école, sort sa vieille voiture jaune et embarque Djemila Krsmanovic, veuve d’un enseignant, pour une quête empreinte de tristesse et d’espoir. En avril 1992, la guerre éclate en Yougoslavie. L’école de Visegrad, une ville de l’est de la Bosnie, ferme ses portes. Les élèves sont dispersés. Les deux vieux pédagogues les contactent les uns après les autres et leur proposent de se retrouver tous ensemble dans l’école.

Les réactions des anciens écoliers sont très diverses. La peur ne s’est pas entièrement dissipée. Certains ratent le rendez-vous. Plusieurs évoquent la perte de l’insouciance, la fin prématurée de l’enfance. Occultant ce passé trop douloureux, certains ont tout oublié; d’autres au contraire se souviennent de chaque nom. «C’est bien de parler de ces années 1990 où nous avons été engloutis», disent-ils, évoquant des exodes précipités, des exécutions sommaires. Ils manifestent une certaine appréhension des retrouvailles: «Y aura-t-il de la haine?»