Le Monde

Paris, mardi 15 août

Sous le signe des adieux

«Samedi 12 août, Marco Müller, le directeur du festival depuis neuf ans et l'homme par qui Locarno a acquis ses lettres de noblesse, a annoncé qu'il se démettait de ses fonctions pour se consacrer à part entière à la production […]. D'entrée privée de son nouveau président, Giuseppe Buffi, décédé un mois avant l'ouverture de la manifestation, cette 53e édition s'est donc achevée sous le signe des adieux. C'est une nouvelle manifestation, pour l'heure inconnue, qui s'ouvrira l'année prochaine à Locarno. Le plus grand mal qu'on puisse lui souhaiter est de maintenir l'esprit de découverte et d'engagement insufflé jusqu'à présent, comme en atteste la tenue générale de cette édition…» (Jacques Mandelbaum)

La Tribune de Genève

Genève, le 14 août

Festival orphelin

«Qu'adviendra-t-il de l'édition 2001 avec sans doute deux néophytes à la barre, en principe dès le 12 septembre? A l'image de Buffi, Müller sera difficile à remplacer. Certes l'homme a des défauts […]. Mais il a surtout des qualités manquant généralement cruellement en Suisse. De l'audace, du flair, une capacité à viser haut et à voir grand. Il a prouvé son sens du coup, en imposant quasiment le Léopard d'or au jury, après avoir déniché en Chine une œuvre interdite datant de quatre ans, ou en montrant le brûlot Baise-moi en compétition. […]»

(Edmée Cuttat)

Libération

Paris, mercredi 16 août

La griffe de Locarno

«Marco Müller quitte la tête haute le Festival de Locarno […]. C'est l'annonce surprise qui a douché la Grande Place samedi, plongeant le festival dans l'incertitude quant à ses ambitions futures. On avait fini par confondre Locarno avec son directeur polyglotte. Sans doute parce que son programme relevait pour l'essentiel de ses choix cinéphiles et d'une louable stratégie de mélange des genres […]. Müller avait réussi le plus dur: arracher des exclusivités […], redonner une identité à Locarno, avec des rétrospectives passionnantes (celle, cette année, sur le cinéma soviétique a fait littéralement autorité). Il aura surtout aiguisé la curiosité d'un public nombreux et rajeuni, qui ne s'effraie plus la journée devant un film aux confins de l'expérimental, puisque le soir, à la fraîcheur de la Grande Place, il sait qu'il pourra digérer ses gnocchis devant une grosse machine plus commerciale.»

(Philippe Azoury)

Neue Zürcher Zeitung

Zurich, mardi 15 août

Postes de président

et de directeur à repourvoir

«Comme le démontrent les interviews accordées par Müller dans la presse tessinoise de ce lundi, le directeur démissionnaire a pris sa décision après la mort de Buffi. Même s'ils n'avaient pas la même conception des choses, ils s'accordaient sur l'attitude à adopter quant à la consolidation et au développement de la manifestation. Müller ne voulait pas remettre sur le tapis les discussions quant à la stratégie à développer avec un nouveau président. Il démissionne donc prématurément, l'échéance étant prévue dans deux ans. Il demeure toutefois à la disposition de son successeur en tant que conseiller et déclare vouloir poursuivre la préparation de la rétrospective de 2001.

L'orientation que Buffi et Müller ont négociée devrait être aussi celle de leurs successeurs. Elle visait à la professionnalisation de l'organisation et au renforcement de la logistique qui sont toujours mis en péril par la pression d'un public nombreux. C'est pourquoi la direction du festival doit mobiliser le canton, la Confédération et les sponsors afin que le festival devienne un carrefour international et une carte de visite culturelle pour la Suisse. Ce n'était pas une tâche facile pour Buffi lors de sa courte présidence, mais il laisse une solide ébauche derrière lui.» (Jürg Bischoff)

El Mundo

Madrid, dimanche 13 août

Palmarès relégué

au second rang

«Après neuf ans à la tête du Festival international de Locarno, Marco Müller, son directeur charismatique, a annoncé sa démission afin de se consacrer entièrement à la production cinématographique. Il s'ensuit que le palmarès est relégué au second rang, lors de cette journée de clôture. Toutefois, la programmation a confirmé l'excellence du cinéma asiatique actuel et l'arrivée d'un nouveau cinéma allemand, jeune et stimulant.»

(Beatrice Sartori)

Daily Variety

Los Angeles, lundi 14 août

A la croisée des chemins

«Le départ avec effet immédiat de Müller laisse le festival du bord du lac tessinois sans directeur et sans président. En effet, Giuseppe Buffi, par ailleurs personnage politique important de la région, est décédé d'une crise cardiaque en juillet […]. Müller quitte la manifestation pour se consacrer à une carrière de producteur cinématrographique chez Fabrica. Malgré des regrets de part et d'autre, certains insiders du festival ont déclaré que l'heure du changement était venue, après neuf ans de direction tempétueuse. Müller n'a pas réussi à faire de cette manifestation certes importante au niveau européen, mais trop intellectuelle, une fête brillante, rivale de Venise.» (Derek Elley)