L'année 2007 au cinéma, ce fut à choix: la reconnaissance d'une nouvelle vague roumaine avec la Palme d'or cannoise à 4 Mois, 3 semaines et 2 jours, le retour en forme du cinéma allemand autour de La Vie des autres, l'émergence d'un nouveau cinéma israélien confirmée par La Visite de la fanfare, la fin d'une ère avec les disparitions de Robert Altman, d'Ingmar Bergman et de Michelangelo Antonioni, ou le dur retour à la réalité du cinéma suisse après une année 2006 exceptionnelle. Ce fut aussi le fossé croissant entre riches et pauvres, particulièrement visible en Chiraquie/Sarkozie, dénoncé aux Césars par Pascale Ferran (Lady Chatterley), avec d'un côté un cinéma populiste et nanti (La Môme d'Olivier Dahan; n'importe quoi produit par Luc Besson, Gaumont ou TF1), et de l'autre un cinéma d'auteur à la limite de la survie (La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche; Jacques Rivette et Eric Rohmer même plus distribués en Suisse!). Enfin, sur le front américain, ce fut la guerre.

Six ans après le début des hostilités, un certain 11 septembre, et un an avant le départ d'un George Bush de plus en plus discrédité, le moment semblait venu de poser quelques questions sur la «guerre au terrorisme» déclarée par ce dernier. D'où cet automne une salve de films bien décidés à ne pas attendre la fin du conflit comme au temps du Vietnam. Des films tous remarquables, nuancés et malgré tout clairs dans leur dénonciation: Dans la Vallée d'Elah de Paul Haggis (forme classique de l'enquête pour révéler l'inhumain), Lions et agneaux de Robert Redford (dialogue philosophique qui dit bien la complexité des choses mais aussi la complicité passive), Redacted de Brian De Palma (réflexion sur la censure et les nouvelles images venues d'Irak) et Rendition de Gavin Hood (drame moraliste sur le sous-traitement de la torture dans des pays tiers). Verdict du public américain? On ne veut pas voir ça!

Mis ensemble, tous ces films ont attiré moins de spectateurs que Saw IV, dernier épisode d'une saga horrifique qui a érigé la torture en spectacle socialement accepté. Et même nettement moins que Transformers (fantasme de revanche redirigé contre des robots extraterrestres), 300 (délires héroïques contre un agresseur oriental transposés dans l'antiquité) et Je suis une légende (Will Smith décimant des morts vivants virtuels) lors de leur premier week-end! Dure réalité pour l'intelligentsia libérale: malgré des sondages qui attestent un revirement de l'opinion publique, le cinéma garde apparemment tout avantage, sur le plan économique, à se ranger du côté d'un discours manichéen et d'une violence spectaculaire, supposés cathartiques.

Fin de parenthèse? Cela reste à voir, avec une réponse du «reste du monde» qui pourrait encore relativiser ces résultats décevants (Rendition sort en chez nous en janvier, Redacted en France en février) tandis que deux films réalisés par des femmes (Stop Loss de Kimberley Peirce et The Hurt Locker de Kathryn Bigelow) secoueront encore le cocotier en 2008. Comme note d'espoir, on retiendra le triomphe au Japon (trois fois plus d'entrées qu'aux Etats-Unis...) du pourtant funèbre Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood, film de plus sur la Deuxième Guerre mondiale, certes, mais conçu avec Mémoires de nos pères pour en finir avec toutes les guerres et leurs mensonges.

Quant à choisir le plus intelligent film de guerre de l'année, on hésite entre Raisons d'Etat de Robert de Niro (sur la Guerre froide) et, pour revenir en Europe, L'Avocat de la terreur de Barbet Schroeder (sur la tentation terroriste) ou encore Les Fantômes de Goya de Milos Forman (l'artiste face à la guerre). Et après ça, vous auriez voulu qu'un autre thème domine le 7e Art?