Une piste circulaire, deux clowns, A et B, et 50 minutes pour découvrir son corps, les objets alentour, la force du lien et les ailes que donne la création artistique. Parce qu’elle travaille souvent dans les écoles de la région de Parme où est implanté depuis trente ans son théâtre, le Teatro delle Briciole, Letizia Quintavalla sait parfaitement raconter aux tout-petits, dès 3 ans, les trésors d’imagination et de sensations que chacun possède en lui. Au Théâtre de l’Orangerie, à Genève, Savants sans le savoir ouvre les portes de la poésie dans un froissement de costumes, sur un air de cirque mélancolique. Magique.

Tout commence avec les mains, les pieds, le dos, etc. Une géographie humaine dont A et B, deux personnages au seuil de leur vie, découvrent les subtilités. Comment une cuisse résiste au poids du corps, comment un bras fait une vague dans l’espace, comment la tête tourne au sommet de la nuque. «Tout est très intéressant, du matin au soir», dit une voix off. Et, de fait, les deux mimes racontent cet émerveillement permanent. D’autant plus quand les objets entrent dans la danse. Ce ballon a l’air léger? Il colle au sol. Ce pinceau pourrait représenter un mât? Impossible de le faire tenir en équilibre. L’exploration muette accapare les deux clowns et réjouit les enfants du public qui se retrouvent dans ces expérimentations.

Et puis, après le corps et les objets, vient la découverte de l’autre, de l’interaction. Et là, Letizia Quintavalla a cette phrase lumineuse: «C’est alors qu’on commença à compter, pas jusqu’à 2 ou jusqu’à 10, mais les uns sur les autres.» Comment mieux dire les richesses de la vie en société? Encore faut-il apprivoiser cette nouvelle donne. D’où la séquence qui fait hurler de rire les jeunes spectateurs: après s’être donné la main, les deux clowns ne parviennent plus à se détacher. Chacun tire de son côté, mais rien à faire, ils sont scotchés.

Un livre géant viendra les séparer: l’art est ce sésame qui permet de transposer la réalité, qui affranchit l’individu et rend tout plus léger. Enfin, à travers une intervention musclée, les deux clowns seront confrontés à la peur et, là aussi, ils seront sauvés par la création artistique.

Quasi sans paroles, Letizia Quintavalla orchestre un parcours plein de charme qui captive les enfants et séduit les parents. Et pose cette question: que fait-on chaque jour de la part de poésie qu’on a reçue en naissant? Savants sans le savoir, Théâtre de l’Orangerie, Genève, jusqu’au 22 juillet, à 11h, 022 700 93 63, www.theatreorangerie.ch