«Je rêve d’une Cité qui serait une œuvre d’art totale»

Le Temps: Michael Kinzer, votre plus grande fierté à la tête de la Cité?

Michael Kinzer: D’avoir su faire évoluer ce festival, de lui avoir donné une nouvelle image, un nouvel élan. D’avoir su relever le défi de la décentralisation en ville aussi. Mais peut-être qu’une plus grande fierté se cache là derrière: une équipe fantastique m’a accompagné et a porté tous ces projets. D’avoir pu initier puis profiter d’un fonctionnement aussi dynamique et créatif, empreint de respect et d’humour, est un souvenir presque familial que je soignerai longtemps.

– Votre plus grand regret?

– Diriger un festival, c’est avoir des convictions, les suivre et anticiper les écueils. Je rêve d’une Cité qui serait une œuvre d’art totale, mariant les arts à la ville, l’humanisme au patrimoine, la scénographie et le design à la gastronomie. C’est une vision totalement utopique, mais ma détermination se nourrit de l’idéalisme. Dois-je regretter d’abandonner ce chemin escarpé, ou pragmatiquement accepter que cela aurait pris plus qu’une vie?

– Les projets immanquables de cette édition?

– Je citerais Maibaum, l’architecture éphémère chorégraphiée par le Catalan Jordi Galí, Smashed, l’hommage circassien à Pina Bausch par les très british Gandini Juggling, et le Ballet glamour-trash de la performeuse Marie-Caroline Hominal. A la Friche du Vallon, Moodoïd, Jeanne Added et les Sud-Africains Petite Noir devraient aussi se distinguer.

– Pourquoi quitter la direction de la Cité?

– Ma motivation est très présente, la crédibilité et les finances du festival se portent bien. Je souhaitais passer la main dans ces excellentes conditions et permettre au festival de bénéficier de nouvelles idées. La Cité mérite qu’on y mette toute son énergie. Je ne voulais pas prendre le risque de sentir ma flamme baisser. C’est mon sens du fair-play.

– Vers quoi vous dirigez-vous idéalement?

– Dans le cadre d’un projet ou d’un contexte culturel, la réflexion stratégique et la construction d’une vision me passionnent autant que sa concrétisation. Coupler les deux est un idéal. Mais je laisse l’avenir me souffler mes vraies envies.