Tous victimes? Peut-être bien, s’il faut en croire le succès fulgurant du hashtag #JeSuisVictime lancé en réaction aux divers Césars venus récompenser Polanski, ou plutôt son J’accuse qu’il présentait ce soir-là, sans guillemets. Cette déferlante d’indignation étonne par sa violence concentrée sur un seul individu, tout discutable qu’il est. Mais ce fut la conséquence inévitable, ou même le véritable point d’orgue, d’une soirée polémique, tendue, tumultueuse, qui était condamnée à sortir de son cadre, mal protégé derrière son paravent professionnel.

D’aucuns avaient voulu transformer la plus célèbre cérémonie du cinéma français en procès collectif du réalisateur, condamné en justice pour un viol sur mineure commis il y a plus de quarante ans et nouvellement accusé d’actes du même acabit. A vrai dire, il s’agissait moins de le juger, puisque la cause était déjà entendue, que d’exécuter publiquement la peine en le frappant d’opprobre aux yeux de toute sa profession.