Promoteur du kitsch tape-à-l'œil avec ses lapins en inox, ex-mari de la Cicciolina qui lui donna l'occasion de faire de leurs ébats un thème artistique, Jeff Koons peut sembler superficiel. En fait, c'est un évangéliste de l'art, qui fait du racolage pour son domaine, avec les moyens actuels. Il est loin d'être pire que les promoteurs d'autres médias, télévision, cinéma, spectacle de scène ou tournée musicale.

Il défend le clinquant et le trivial pour montrer que l'art a tout à gagner à prôner le genre populaire. Une position qu'un article du numéro de juillet de Beaux-Arts Magazine, consacré à l'exposition Un art populaire à la Fondation Cartier, souligne en mettant en exergue la phrase suivante: «Aux élites la rigueur du classique. Au peuple la surcharge et les dorures.» Aux yeux de Koons, les propos esthétiques habituels sont trop élitistes. Pour lui, le plaisir des sens doit reposer sur des concepts simples mais riches d'effets. Ce qu'il propose dans ses travaux récents, au Kunsthaus de Bregenz.

On connaît généralement mal son travail, ne le découvrant que lorsque l'artiste américain (né en 1955) défraie la chronique au moment d'une biennale ou lors de l'installation devant un musée d'une sculpture géante taillée dans de la verdure, ou encore, à l'occasion d'une vente record d'un de ses portraits – grandeur nature et en porcelaine dorée – de Michael Jackson. Sa dernière rétrospective européenne remonte à 1993, à Stuttgart et au Danemark. Elle avait été mise sur pied par le Stedelijk Museum d'Amsterdam en 1992, année où Koons expose aussi à la galerie Rachel Lehmann à Lausanne. L'accrochage de Bregenz ne se veut pas rétrospectif. Mais, rassemblant une vingtaine d'œuvres de 1995 à maintenant, il est représentatif de l'évolution et des intentions de l'artiste.

La sélection comprend trois séries, présentées chacune sur un étage. Au premier, Celebration rassemble des œuvres peintes de 1995 à 1998. Leurs sujets représentent une pendeloque en forme de cœur, un nœud en ruban ou un chien fait de ballonnets gonflés. Des babioles sur des papiers brillants dont les plis démultiplient le clinquant. Elles sont réalisées, à partir de photographies, sur le modèle de ces peintures numérotées, à remplir avec la gamme adéquate. Koons les fait exécuter par d'autres, surveillant les passages d'un ton à un autre. La méthode insinue que chacun peut faire impression avec des moyens dérisoires.

Au deuxième étage sont exposés des travaux de la série Easyfun (1999-2001), regroupant des miroirs et des peintures. Les miroirs sont constitués d'un sandwich de verre minéral, de verre acrylique teinté et d'une feuille d'acier. Ils sont d'une profondeur étonnante et leurs contours d'animaux jouets semblent absorber l'espace environnant. Les peintures sont constituées de superpositions de sujets. Cut Out évoque ces panneaux, percés d'une ouverture pour passer la tête et se faire photographier dans un décor inattendu. Autre toile, Saint Benedict mélange un portait recopié d'un tableau d'église, deux représentations de tasses d'où cascade un flot cacaoté, et un élément graphique en forme de spirale. L'ensemble se veut baroque. L'allusion est implicite. Pour Koons, ce style est le meilleur, car il a la capacité de fondre les apports les plus hétéroclites en une vision ample et unitaire.

Ce type de vision, l'artiste l'explore davantage dans Easyfun-Ethereal (2001). Ces peintures, présentées au troisième étage, sont composées d'images de magazines de voyages et de mode et ont été retravaillées à l'ordinateur. Leur propos est de montrer que les combinaisons les plus disparates peuvent revêtir une forme parfaitement artistique lorsqu'elles touchent au surréel, ou à ces rêves où s'entremêlent souhaits enfantins et désirs d'adultes. Au final, ses réalisations visent à fournir des éléments autant basiques qu'irréels, afin que chacun puisse y retrouver ses sensations les plus terre à terre comme ses fantaisies les plus débridées. L'artiste avoue désirer des œuvres qui «libèrent le spectateur de toute pression de jugement, afin que ce spectateur n'ait plus le sentiment que l'art est un moyen pour jauger ses connaissances».

Jeff Koons. Kunsthaus Bregenz

(tél. 0043 5574/485 94-0). Ma-di 10-18 h (je 21 h). Jusqu'au 16 septembre.