La première émotion qui vous saisit, avec un tel phénomène – qui est plus qu’un livre, un spectacle en soi – passe par la gestuelle d’une épreuve physique: il faut poser, installer le livre avant de commencer une lecture, qui se fond dans la contemplation des images, des dessins, des couleurs – tout devient matière sur le papier. L’écriture court en version italienne et fait pleinement partie de l’illustration; elle se regarde d’abord dans sa graphie leste avant de se lire en typographie d’imprimerie à la fin du volume.

Le dessinateur Milo Manara, un des amis et complices de Fellini, qui dessina les planches de l’album du Voyage de G. Mastorna, «le film [de Fellini] non réalisé le plus célèbre de l’histoire du cinéma», s’aventure ici dans «le rêve du Chinois à l’aéroport». Il se souvient d’avoir éprouvé une sensation douloureuse en feuilletant Le Livre de mes rêves, dessiné avec des feutres, des crayons et des stylos de très mauvaise qualité. C’est pourtant ce côté amateur qui fait tout le charme et toute la poésie de cette grotesque et merveilleuse galerie de personnages et de paysages, tous plus énormes, plus insensés les uns que les autres.