Chaque semaine de l'été, «Le Temps» s'arrête sur ces «nouveaux» usages du français qui nous étonnent, voire nous horripilent.

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Vous l’avez forcément lue, cette formule aux allures d’expression classique bien née, alors qu’elle ne s’est répandue que depuis les années 2010. Lue à la fin d’un courriel (j’ai failli écrire «mail»), écrite par cette personne qui promet de vous répondre avec plus d’informations, un suivi, voire une réponse, qui sait. Elle reviendra vers vous. A moins que ce ne soit vous qui ayez promis de revenir vers votre destinataire.

Que cette expression est menaçante! Jugez plutôt. Si quelqu’un «revient» vers vous, c’est qu’il est déjà venu, qu’il n’a pas eu satisfaction, et qu’il ne vous lâchera probablement pas avant d’avoir eu ce qu’il voulait. La relation va durer. Et votre tension monte légèrement.

Ensuite, cette personne débarque quasi physiquement dans le monde si feutré de votre boîte aux lettres. Elle «vient», donc elle sort de ce corps virtuel, et apporte avec elle ses problèmes, ses demandes. La tension monte encore un peu.

Relation plus égalitaire

Dans «Je reviens vers vous», directement importé du «I’ll get back to you», passe-partout de l’autre côté de l’Atlantique, l’Académie française a reconnu un anglicisme approximatif – qu’elle appelle à combattre, bien sûr. Un groupe Facebook, aujourd’hui défunt, s’est même un temps constitué autour de «Je reviens vers vous», rassemblant les opposants de la formule.

Et pourtant. A la réflexion, on peut préférer de l’anglais bizarrement traduit peut-être, mais traduit, et qui vaut probablement mieux que tous les conf calls, brainstormings ou feed-back du monde. Ensuite, l’extension dans le domaine physique du «Je reviens vers vous» va de pair avec la fusion du monde virtuel avec le monde réel. Surtout, «Je reviens vers vous» implique un certain compagnonnage, une relation plus égalitaire et collaborative qu’un «Je vous donne des nouvelles» ou un «Je vous rappelle», dans lesquels une personne passive attend que son interlocuteur passe à l’action.

Mais dois-je l’avouer? Je me suis vraiment convertie à «Je reviens vers vous» depuis que j’ai reçu un «Je vous reviens avec une réponse». Au-delà du bien et du mal.