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Dissipons tout doute, La Révolution n’a rien à voir avec la Révolution, de France ou d’ailleurs. Il y a bien quelques gueux qui se révoltent et, après tout, nous sommes en 1787; il est question de Versailles, mais nous sommes dans «le comté», loin des frasques de Paris. En sus, nous avons un noble, le comte (Laurent Lucas, qui pourrait avoir des sourcils encore plus assassins). Mais la dernière production maison de Netflix au pays de Robespierre se situe assez loin de la réalité historique.

Tout au plus peut-on considérer que, sur certains aspects, le feuilleton propose un microcosme qui reflète d’une certaine manière la montée des colères populaires de la fin du XVIIIe siècle. Ensuite, il y a en plus des non-morts, et on change de dimension. Cela paraît complètement sot, mais cette drôle d’aventure possède quelque malice.

Le destin de Joseph Guillotin

Le spectateur du XXIe siècle entre dans ce monde lointain par le destin de Joseph Guillotin (Amir El Kacem), docteur dans la prison du comté. Ce comté se situe nulle part, en France. Peu importe l’endroit: l’essentiel est qu’il s’agit du pays ravagé par la famine, les mauvaises récoltes et les maladies, en 1787. A propos de maladie, il en arrive une nouvelle, qu’observe Joseph. Une peste originale, qui semble faire gonfler les veines et qui rend les gens étranges, surtout, agressifs.

Joseph a un frère qui passe pour mort depuis des décennies, et qui revient de Louisiane, lui-même dans un tiers état sanitaire. Le premier enjeu est de sauver un prisonnier accusé à tort de meurtres de jeunes filles. Or ces nymphes de la populace, qui disparaissent dans la forêt, semblent utilisées pour la mise au point de potions bien troubles. Le comte va y recourir pour son fils, chétive créature à qui la médecine conseille l’ablation d’une jambe.

Une dégénérescence s’introduit dans le château. Aux alentours, dans les brumes grises, la cité grouille de plaintes et de doléances. Ces «gilets jaunes» d’alors pestent dans les tavernes, protestent en les rues, rouscaillent dans les champs. La colère gronde. Et quand les nobles commencent à ressembler à des chanteurs d’Indochine, cela attise les rouspétances.

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L’histoire et le fantastique

Drôle de projet mené par Aurélien Molas, qui, à 35 ans, a déjà conduit Maroni, les fantômes du fleuve et, avec Gaïa Guasti, Une Ile, les deux pour Arte. Au premier regard, La Révolution semble former une variation sur un thème connu, sans culotte et surtout sans tête. Ce mélange progressif de reconstitution historique et de fantastique suit une pratique qui n’a rien de révolutionnaire: le fantastique s’est souvent emparé, de manière jouissive, de quelques grands moments historiques. La durée de vie fort étendue de certaines créatures permet d’ailleurs d’offrir des sagas du passé basées sur les grandes figures et les crapules, que ne racontent jamais les livres d’école. La Révolution a cet air d’histoire moderne en costumes, capitalisant sur les mécontentements actuels du peuple de France pour les travestir en un temps mythique.

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Un amusement littéral

Dans l’ensemble, la presse hexagonale a démoli l’entreprise, tandis que l’auteur s’est défendu de l’accusation de frivolité mémorielle, assurant que son conte possède quelque solide message. Au fond, peu importe. La Révolution tire une historiette dévirée de l’Histoire, et c’est quand elle paraît niaisement littérale qu’elle devient amusante.

Ainsi, les nobles malades ont le sang bleu, à proprement parler: ils ont un sang de Schtroumpfs, mais sans l’amabilité des hobbits de Peyo. Cela nous amène à découvrir l’origine cachée – mais peut-être réelle? – du drapeau bleu, blanc, rouge. Dans ce même registre, on saisit soudain l’utilité première de la guillotine, plus prosaïque que politique. La terreur, pas la Terreur.

La Révolution façonne des réalités alternatives et plaisantes, comme si l’on se divertissait en tournant les petits cailloux de l’histoire et en les déplaçant. On la regarde comme les saynètes qui égayaient les nobles d’alors, sur un air de clavecin.


«La Révolution», saison 1. Huit épisodes disponibles sur Netflix.