Musique

Revolver, ou la pop qui détone

Anglophile et cultivé, le groupe français est de retour avec «Let Go», un album aux lignes limpides. A découvrir ce soir au festival Caribana

Un van pour maison. Des milliers de kilomètres dans le moteur, des deux côtés de l’Atlantique, et des scènes enfilées avec frénésie. Les trois garçons de Revolver, qu’on rencontre un an après leur long périple, gardent sur eux les signes de la condition nomade. Bottines et baskets usées, barbes délaissées, chemises froissées, regards impatients: la panoplie du musicien errant est une deuxième peau que le trio porte avec une désinvolture naturelle.

A Genève, où il a posé ses valises pour parler de son deuxième album, le groupe Revolver ne semble pas avoir quitté le van. L’appel de la route, on le devine, est une urgence. Elle le conduira pendant l’été dans les festivals et les salles d’Europe. Ce soir, son étape se nomme Caribana, à Crans-près-Céligny, pour un passage attendu. Au centre du concert, on trouvera sans doute les douze nouvelles compositions de Let Go, un album qui fait davantage que concrétiser les promesses des premiers pas enchaînés dans les studios, celles solaires entrevues dans Music for a While, sorti voilà trois ans. Revolver – c’est ce qui marque quand on l’écoute aujourd’hui – est passé très vite de l’enfance à l’âge adulte. Des longues tournées qui ont suivi Music for a While, il a appris à cerner ce dont il ne voulait plus.

Let Go s’est alors débarrassé de ce trop plein de références involontaires qui coloriait son prédécesseur: la pop anglaise, les années 1960 et ses imposants Beatles notamment, dont le trio parisien a volé le titre d’un album pour se donner un nom. «Nous avons suffisamment joué ensemble sur scène pour comprendre tout d’abord qu’il fallait plus de rythmes et de profondeur à nos chansons», raconte la voix principale du groupe, Ambroise Willaume. «Il y a eu un autre bouleversement capital, enchaîne le violoncelliste Jérémie Arcache. Il est venu avec la production soignée par Julien Delfaud. Il est l’artisan d’un certain son français, qu’on peut entendre chez Phoenix par exemple. Il a réussi, je crois, à nous transmettre cette identité, à nous donner un profil plus précis.»

Revolver a changé de calibre. Mais les lignes qui lui ont valu une éclosion spectaculaire (100 000 copies écoulées pour Music for a While) demeurent intactes. Elles sont là, dans les harmonies du chant, aériennes et virtuoses. En 2009, on a cru réentendre, avec elles, les voix de Simon & Garfunkel et des Beach Boys. En 2012, elles ont une trame qui se détache désormais des figures tutélaires. D’où vient le goût pour ces chants aux voix multiples? «De l’enfance, quand Jérémie Arcache et moi-même nous évoluions dans les rangs de la maîtrise de Notre-Dame de Paris, se souvient Ambroise Willaume. Le chant sacré, le répertoire vocal baroque en particulier, nous a structuré. Il y a un héritage, une empreinte claire et un amour pour cette musique dont on ne peut pas se défaire. Et je crois que cela s’entend dans nos albums.»

Un brin exotique en France, cette technique vocale est inscrite dans l’histoire et dans le présent des Etats-Unis. Tout cela, et beaucoup d’autres choses encore, Revolver l’a appris sur la route. Trois tournées aux States, dont une dernière harassante (26 villes en 28 jours), ont plongé le groupe dans un bain d’humilité salutaire. Ambroise Willaume: «Là-bas, nous n’étions personne. Il nous est arrivé de jouer devant 20 personnes et de côtoyer d’autres groupes, esthétiquement proches et extrêmement bons. Ils tournaient comme nous, de ville en ville, dans des conditions spartiates, par pure passion de la musique. La différence avec la France? Aux Etats-Unis, la scène indépendante est soutenue, elle jouit d’une véritable autonomie. Il y a des dizaines de formations inconnues ici qui peuvent se permettre de longues tournées parce qu’elles ont au moins 500 personnes qui les attendent dans chaque salle. En France, cette ferveur n’existe pas.»

Les carnets de ce voyage en terre mélomane ont nourri Let Go, album traversé par les grands espaces et par les rencontres qu’on n’oublie pas le lendemain. Un exemple? Il est inscrit dans «49 States», où les destins qui se croisent et les séparations inéluctables alimentent les rimes. Christophe Musset, guitariste: «Cette chanson est née après une rencontre fortuite avec un musicien solitaire. Il venait de jouer dans 49 états du pays. On le connaissait à peine, il nous a prêté sa guitare acoustique pour notre concert du soir. L’Amérique c’est cela.» Les traces de ce pays vénéré, que Revolver porte encore sur lui comme une deuxième peau, s’afficheront ce soir, loin des States. Une invitation bénéfique au voyage.

Let Go, Revolver (EMI).

En concert au Caribana Festival, ce soir, Scène du Lac, 20h30. Rens.: www.caribana.ch

La panoplie du musicien errant est une deuxième peau que le trio porte avec désinvolture

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