érotisme

Revue «L’Alpe»: là-haut sur la montagne, l’était une jeune fille nue…

La revue grenobloise publie «Le sexe de l’alpe», un numéro qu’elle dit «(presque) érotique». De quoi relativiser, en le feuilletant, l’âpreté de la vie en altitude pour célébrer plutôt les noces des corps nus et des cimes coquines

La toujours très belle et non moins roborative revue L’Alpe vient de frapper un joli coup en sortant son N° 68, dit «(presque) érotique» et intitulé «Le sexe de l’alpe». Pour Pascal Kober, son rédacteur en chef, cela faisait «longtemps déjà que ce sujet», écrit-il dans son éditorial, lui titillait «les méninges». «Une version coquine de L’Alpe s’est ainsi dessinée au fil du temps» et ses «auteurs nous font découvrir nombre d’interprétations grivoises de cette montagne qu’alpinistes et touristes disent pourtant si pure. Dans la peinture comme dans le cinéma, dans la littérature comme dans la photographie et jusque sur les roches gravées en altitude, les Alpes ont suscité des représentations sensuelles.»

En témoigne, au cœur de cette publication sexy, les photographies de Georges-Louis Arlaud et Marcel Meys, qui, dans les années 1920, n’ont pas hésité à transformer la montagne en véritable studio pour célébrer l’union du nu féminin et de la nature coriace des altitudes. Ces magnifiques tirages noir-blanc ou sépia tirés des collections du Museo nazionale della montagna «Duca degli Abruzzi» à Turin y sont commentés par l’historienne d’art Sandrine Chene, qui y voit «une veine tardive du pictorialisme», licencieuse et déviante.

La «gaudriole alpine»

L’entier du numéro peut d’ailleurs être vu comme un «petit précis de gaudriole alpine», aussi rare que précieux. Parmi ces jolies extravagances, il faut rendre hommage au Sanctuarium Artis Elisarion, construit en 1927 à Minusio (TI) et où se trouve une étonnante fresque circulaire représentant une «farandole des éphèbes alpins». D’une grâce infinie, tout comme «folle est la bergère qui au loup se confesse», un texte de l’ethnologue pastorialiste Guillaume Lebaudy qui réunit témoignages, légendes et chansons sur la manière qu’avaient les hommes rudes de «faire la bringue». Ces célibataires qui déploraient devoir «garder la bite dure», alors que «ceux qui sont mariés, lorsqu’ils rentrent, trouvent la femme prête au lit, avec les jambes écartées»…

L’iconographie de ce numéro voulu «badin et enjoué» n’en est pas moins vigousse, qui aborde aussi les célèbres affiches touristiques suisses qu’a décryptées Maelle Tappy, du Musée de l’Elysée. La femme y occupe une place somptueuse dès les années 1900, avec des stations qui trouvent «un moyen efficace faisant ici consensus, là scandale, de promouvoir le tourisme alpin». Avec ses pistes de ski, ses cures thermales, ses bienfaits contre la tuberculose.

Ces draps qui s’en souviennent

Le tout se conclut sur un beau portfolio aux formes sinueuses, qui joue avec des draps de lit. Ces draps dans lesquels qui n’a pas «rêvé de montagnes ou d’océans déchaînés». La plasticienne Cécile Beaupère et le photographe Jean-Louis Roux sont les auteurs de cette galerie où ils croisent leur regard sur le thème de l’amour naissant. Draps paysages, paysages de tissus froissés… Qui s’en souviennent encore, comme dit la chanson.

«L’Alpe», N° 68, printemps 2015. Vente au numéro et abonnements: www.lalpe.com

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