Premier film du cinéaste britannique Stephen Daldry (connu surtout comme metteur en scène de théâtre), «Billy Elliot», sorti mercredi sur les écrans romands (lire Tempo du 11 janvier et en page 12), raconte l'histoire d'un garçon issu de la classe ouvrière anglaise qui, au grand dam de sa famille, s'inscrit dans une prestigieuse école de ballet à Londres et finit par devenir danseur.

Le Monde

Paris, 20 décembre 2000

Une prétention réaliste

«On peut rendre grâce à Billy Elliot de montrer sous un jour très sobre les progrès puis l'affirmation du jeune garçon en danseur classique. […] Stephen Daldry et son scénariste Lee Hall […] semblent surtout préoccupés par le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Toutefois, l'insertion d'éléments mélodramatiques […] fait basculer le film du côté du sentimentalisme. En toile de fond, la grève des mineurs anglais semble surtout décorative. […] Le véritable sujet […] est à peine esquissé. Daldry choisit d'enchaîner par une ellipse de plusieurs années et de montrer l'image d'un être pleinement accompli. […] Billy Elliot est un conte de Noël drapé derrière une prétention réaliste.» (Samuel Blumenfeld)

Cahiers du cinéma

Paris, décembre 2000, N° 552

Effets pompiers

«Le cinéaste ne sait pas filmer le travail, même quand il s'agit des progrès d'un danseur. […] D'autant que la mise en scène use d'effets pompiers, comme le montage alternant scènes de danse et quotidien des ouvriers, dont même Alan Parker se méfierait. Quand l'un des enjeux du film est par ailleurs de savoir qu'un danseur n'est pas forcément pédé, on se dit que décidément le cinéma anglais a du retard sur tous les sujets et qu'il lui faudrait tout de même un minimum de subtilité pour toucher nos cœurs d'artichaut.» (Jérôme Larcher)

Film

Lausanne, janvier 2000, N° 17

Du cinéma à l'état pauvre

«Que dire contre ça? Que la conception du cinéma selon Daldry se résume à des effets de suspense stérile, comme cette insistance sur une lettre contenant le verdict de l'école de danse prestigieuse à laquelle Billy s'est présenté. Que les nombreux montages parallèles sont aussi intéressants que la juxtaposition d'une image de vache folle et de steak. Que les corps et la danse ont rarement été filmés avec autant de maladresse. Bref, Billy Elliot est du cinéma à son état le plus pauvre, réduit à une simple fonction d'illustration.» (Rafael Wolf)

The Observer

Londres, 8 octobre 2000

Ne soyons pas stupides!

«Daldry et son scénariste Lee Hall viennent tous deux de la classe ouvrière, mais cela ne leur accorde pas le droit de donner de cette classe une fausse image. Il n'y a pas de noblesse dans la pauvreté et encore moins de glamour et de séduction dans une vie située au plus bas de l'échelle sociale. […] Le message du film est donc: si vous êtes talentueux, si vous travaillez dur, vous pouvez vous en sortir. […] A qui s'adresse donc ce message? A la classe ouvrière? Allons, ne soyons pas stupides!»

(Barbara Ellen)

Libération

Paris, 20 décembre 2000

Une figure maudite

«Le fil, extrêmement fluide, alternant avec un art concerté séquences comiques et dramatiques, est plus retors dans ses arrière-pensées que l'ordinaire du cinéma anglais. Sous la bluette se dessine la figure maudite, donc riche, d'un social-traître en culotte courte. En effet, Billy […] s'affranchit de ses origines sociales en embrassant une carrière a priori jugée déshonorante et grotesque de danseur classique. […] Comment s'arracher à ce socle qui nous fonde et nous retient? […] Le film […] donne une prime au mérite singulier face à la fatalité du groupe.» (Didier Péron)

The Independent

Londres, 1er octobre 2000

Une histoire universelle

«La fable ressemble à un vieux sketch des Monty Python. […] Et cependant le film est à l'opposé d'un cliché. Il ressuscite une histoire universelle […] et l'épure. […] C'est si charmant, si convaincant. Les réponses sont fraîches. Certains […] ont cependant rouspété: «Ah, le pouvoir de la musique bon marché!» Si donc on admet son pouvoir, pourquoi la considérer comme une camelote? Les cinémas ont toujours été les églises de ce genre de pouvoir. Si vous n'y croyez pas, pourquoi les fréquentez-vous? A l'heure où les films les plus populistes acquièrent une maturité et renient le sentimentalisme […], Billy Elliot ne paraît ni lâche, ni fin, ni «néo», ni «post». Il est tout simplement un film authentique.»

(Antonia Quirke)