«Stalingrad», le film de Jean-Jacques Annaud, est sorti cette semaine sur les écrans romands (LT des 8 février et 14 mars) après avoir fait l'ouverture de la dernière Berlinale. Reconstitution ambitieuse, le film dilue la réalité historique dans un duel à grand spectacle entre le soldat russe Vassili Zaitsev et le major allemand König. Il passe ainsi à côté du ressort central de la mémoire collective. Banalisation?

Süddeutsche Zeitung

Munich, 8 février 2001

L'horreur pittoresque

«Bien sûr, Annaud est suffisamment intelligent pour renoncer, dans son histoire, à faire la différence entre le bien et le mal et pour éviter d'emblée une peinture en noir et blanc. Dès le début, on voit comment les Russes descendent sans vergogne leurs compatriotes qui fuient devant la pluie des balles nazies – la folie nationale engendre d'ailleurs la monstruosité dans les deux camps. Mais ce qui est vraiment monstrueux, c'est de réduire cette bataille à un duel entre deux individus, […] de n'en faire qu'un simple décor où l'horreur devient pittoresque.» (Michael Althen)

Coopération

Bâle, 14 mars 2001

Relative sobriété

«Rares […] sont les exemples montrant l'horreur de la guerre en faisant la démonstration de son absurdité. Kubrick l'a fait (Les Sentiers de la gloire en 1958), mais n'est pas Kubrick qui veut. Pourtant, Jean-Jacques Annaud s'en tire très bien. […] On ne peut qu'apprécier le fait que le réalisateur ait montré une relative sobriété dans ses moyens. Même si l'hémoglobine est souvent présente, elle est justifiée pour témoigner de la terrible boucherie que fut Stalingrad.» (af)

Le Matin

Lausanne, 14 mars 2001

Les femmes émues?

Jean-Jacques Annaud: «J'ai fait un film intime qui se déroule pendant la guerre. D'ailleurs, je constate que le public féminin est très ému par Stalingrad.» (Eva Grau)

Le Monde

Paris, 14 mars 2001

La question de la langue

«Ce n'est pas la première fois qu'on entend dans un film hollywoodien des individus maîtriser parfaitement les contractions et les verbes irréguliers de l'anglais sans avoir jamais rencontré des Anglais ou des Américains. […] Mais, avec ce personnage de gamin russe conversant indifféremment en anglais avec ses compatriotes ou avec un officier nazi, Jean-Jacques Annaud pose précisément la question de la langue entre des personnages qui ne devraient justement jamais pouvoir communiquer. […] [Il] ne ménage pas ses efforts pour reconstituer le bourbier de Stalingrad, […] mais échoue à en transmettre la moindre sensation. On devrait éprouver un tant soit peu les rigueurs de l'hiver. […] Or, il n'en est rien. C'est même le contraire. Les personnages de Stalingrad possèdent toujours un temps d'avance sur l'Histoire. L'officier politique Danilov comprend, bien avant tout le monde, les erreurs du communisme et l'utopie dangereuse de l'homme nouveau. Il parle comme Arthur Koestler et Alexandre Soljenitsyne réunis… mais en 1942. […] A vouloir réaliser un film où le déroulement de l'Histoire serait à ce point prévisible, […] Annaud donne au spectateur la place d'un témoin de moins en moins concerné, et de plus en plus agacé.» (Samuel Blumenfeld)

Libération

Paris, 14 mars 2001

Vision caricaturale

«Stalingrad fut assassiné par la critique allemande qui lui a reproché de donner une vision caricaturale des soldats de la Wehrmacht. En fait, ils n'ont guère apprécié cette récupération par Hollywood. […] Pour tout un public qui connaît les vrais films de guerre russes, il restera cette impression d'un «à la manière de» un peu vain.» (Marc Semo)

Les Inrockuptibles

Paris, 13 mars 2001

Staline, le Boss

«Ron Perlman […] et surtout Bob Hoskins en Khrouchtchev se révèlent irrésistibles. Effarement quand ce dernier éructe «I'm here to report to the Boss»: on se pince, mais c'est bien de Staline et non de Springsteen dont il fait mention.» (Bertrand Loutte)

Cahiers du cinéma

Paris, mars 2001

Qui meurt?

«On peut juger les films de guerre à leur courage: qui meurt? quels personnages le cinéaste a-t-il le cœur de renoncer? dans quelle mesure obéit-il à la loi impitoyable des combats qui tuent n'importe qui n'importe quand? De ce point de vue, Stalingrad n'est pas un film très courageux. Jean-Jacques Annaud fait mourir tout le monde (l'ami, l'enfant, l'ennemi, le maître, les parents, les amants périphériques) sauf le couple central et amoureux. […] On n'est pas obligé de trouver ça très réaliste […] ni très sympathique. […] Pour le reste, Annaud reste fidèle à ce qu'on sait de lui: artisan convenable à tendance grandiloquente.» (S. B.)