En octobre dernier, la nomination de la critique italienne Irene Bignardi à la tête du Festival de Locarno avait provoqué quelques remous dans le sérail du cinéma suisse. Depuis, en attendant de la découvrir en tant que directrice, tous les mécontentements semblent s'être transformés en un «wait and see» bienveillant. C'est que, du Festival de Soleure à la traditionnelle conférence de presse de Berne, en passant par Zurich (où elle a présenté un programme «carte blanche» qui laisse entrevoir la variété de ses goûts), Mme Bignardi a eu le temps de se faire connaître et d'impressionner par son sens du contact comme par sa capacité de travail.

Corriere del Ticino

Lugano, 29 décembre 2000

Diriger et déléguer

«Ma détermination revêt la forme de la ténacité et de la patience. J'ai dirigé un autre festival, le MystFest de Cattolica, sans jamais, je crois, avoir donné un seul ordre: simplement en réussissant à convaincre ceux qui m'entouraient. […] De caractère, je suis portée à dire «je fais tout moi-même», de façon à éliminer à la racine le problème de l'autorité et des conflits éventuels. Mais en réalité, j'ai aussi bien appris à déléguer.» (propos recueillis par Carla Zanti)

L'Hebdo

Lausanne, 18 janvier 2001

Une intellectuelle reconnue

«Comment cette Milanaise d'un milieu bourgeois, licenciée en lettres, spécialiste de culture anglo-saxonne et traductrice, devient-elle collègue de Moravia, amie de Fellini, passionnée de cinéma et, finalement, directrice d'un festival suisse? «C'est une longue histoire», dit-elle. Une histoire d'amour. A Milan, elle épouse un acteur de théâtre et de cinéma. Puis elle étudie la communication à l'Université de Stanford. L'endroit est un peu sinistre et l'Italienne passe ses soirées à la cinémathèque. A son retour, en 1976, elle suit son mari à Rome, se présente à La Repubblica, un quotidien qui vient de naître. C'est là qu'elle travaille avec Alberto Moravia, qui détient le titre de critique cinématographique du journal. […] «Dans deux ans, cela fera quarante ans que je travaille dur», résume-t-elle. Nous sommes dans son appartement à Rome, à un jet de pierre du Campo dei Fiori. C'est ici qu'Irene Bignardi a écrit ses critiques de cinéma et de littérature, mais aussi des articles sur l'architecture, deux scénarios et trois livres, dont un essai sur le cinéma américain. Aujourd'hui, elle est une intellectuelle reconnue dans la Péninsule.» (Catherine Bellini)

Tages-Anzeiger

Zurich, 16 juin 2001

Une fidèle de Locarno

«Irene Bignardi connaît le Festival de Locarno depuis longtemps, comme critique, membre du jury ou visiteuse sans mission. Depuis 1969, lorsque la Piazza n'était encore que la pelouse devant le Grand Hôtel et qu'il ne semblait jamais pleuvoir en été, comme elle dit, alors qu'aujourd'hui, il faut toujours s'inquiéter du niveau du lac Majeur. […] Oui, l'on peut considérer que cette «carte blanche» de 12 films au Filmpodium est représentative de ses goûts, à la fois éclectiques et attachés à des films «qui parlent de la réalité». Le programme reflète le sérieux d'une passion qui sait qu'elle n'aurait pas pu survivre sans ce qu'il faut de sentimentalité et de pieds de nez à la morale établie. Présentant Melvin and Howard de Jonathan Demme, dont elle tint Le Silence des agneaux pour une trahison, elle reconnaît y voir à présent le reflet de son propre enthousiasme comme celui de son erreur critique ultérieure.» (Christoph Schneider)

Edelweiss

Genève, juillet-août 2001

Une mamma pour le festival

«Quand tu écris pour un journal, tu filtres les films avec ton regard personnel et ton adrénaline. Le travail d'un directeur est très différent. Il demande plus d'œcuménisme et plus de fantaisie. Il faut savoir interpréter le goût des autres. C'est un peu un exercice psychologique de réincarnation.» […] A Locarno, Irene Bignardi ne sera pas un directeur qui reste dans l'ombre comme David Streiff. Ni un pilote omniprésent comme son prédécesseur Marco Müller. «Disons que j'utiliserai mon côté féminin pour cajoler maternellement mes invités. Comme j'ai été cajolée moi-même quand j'y allais en tant que critique.» (propos recueillis par Nic Ulmi)

Aargauer Zeitung

Aarau, 19 juillet 2001

Premiers changements discrets

«Sur la piazza Grande souffle un vent nouveau: Irene Bignardi mise sur le «Frauenpower». Pas moins de 7 des 19 films en concours sont le fait de réalisatrices et dans un jury à neuf têtes, sept seront des femmes. Mais ce n'est pas tout. La nouvelle directrice a également su trancher dans de vieilles polémiques. Sur la Piazza, bijou du festival, seront ainsi dorénavant agréés des films qui ont déjà été montrés ailleurs. […] Quant aux films de la compétition, dont quelques exemplaires bizarres s'étaient égarés sur l'écran géant, ils sont à nouveau tous programmés de manière plus conséquente au Palazetto Fevi.» (Zas)

Extraits choisis et traduits par Norbert Creutz