Berner Zeitung

Berne, 5 mars 2003

Une pompe à milliards

«Primo, la Suisse fait partie des cinq plus importantes places financières dans le commerce des œuvres d'art au monde. Et puis, ce marché est une pompe à milliards. Secundo, le commerce illégal de biens culturels rapporte chaque année dans le monde des montants qui se chiffrent aussi en milliards. Des églises sont pillées, des fresques spoliées, des sites archéologiques détruits par des voleurs de tombes – ce qui représente une perte patrimoniale inestimable pour tous les pays. […] De l'avis des experts, ce commerce illégal est comparable au pire: le trafic de drogue ou d'armes. Tertio, la Suisse est soupçonnée d'être une importante plaque tournante de ce commerce illégal des biens culturels. Et jusqu'ici, elle ne possédait aucune loi de nature à lutter efficacement contre ce dernier.» (Konrad Tobler)

Basler Zeitung

Bâle, 5 mars 2003

Paresseux compromis

«Que l'on soumette pour une fois le marché de l'art à un contrôle accru des autorités et qu'on l'expose sur la scène politique est bien compréhensible. Que les politiciens, qui répètent toujours qu'ils sont pour la protection des biens culturels «sur le principe», se prennent ainsi la tête sur le délai de prescription l'est moins: non pas cinq ans comme dans la législation actuelle, ni dix comme le proposaient les marchands d'art, ni trente comme dans l'Union européenne, ni cinquante comme le demandait une minorité – non, c'est à quinze ans que ce délai pour la restitution des biens volés devrait être fixé. Cela ne correspond à aucune pratique actuelle et rend difficile la coopération internationale qu'exige la loi sur le transfert des biens culturels. Prend-on vraiment au sérieux la convention de l'Unesco de 1970? Quel compromis paresseux! Pense-t-on seulement aux nombreux pays qui reprochent à la Suisse d'être une plaque tournante dans le trafic d'œuvres d'art? Cela réveille le mauvais souvenir d'autres débats de portée internationale, comme sur le rôle joué par la Suisse suite aux vols perpétrés par les nazis. Il est encore temps de ne pas répéter les mêmes erreurs.» (Thomas Waldmann)

24 heures

Lausanne, 5 mars 2003

Spectacle lamentable

«Le marché de l'art est un des derniers où les recycleurs d'argent sale peuvent s'en donner à cœur joie. […] Seuls les démocrates-chrétiens ont sauvé l'honneur de la droite, apportant un démenti à ceux qui aiment à dire que la conscience éthique du PDC n'est qu'un slogan électoral. Si le Conseil des Etats n'efface pas ce lamentable spectacle donné hier par le Conseil national, on devra bien se rendre à l'évidence, avec tristesse, que la Suisse, malgré ses grands airs, a de l'honnêteté une conception flottante.» (Denis Barrelet)