Tribune de Genève

Genève, 4 août 2000

Une œuvre incomparable

«Il n'y a pas besoin d'être doué de clairvoyance pour constater que Baise-moi, loin d'être «seulement» un porno déguisé ou un brûlot gratuit et malsain, est avant tout et essentiellement une œuvre d'auteur. Et pas uniquement pour des questions de cohérence formelle ou stylistique. Virginie Despentes, qui a publié Baise-moi (le roman) aux Editions Florent-Massot en 1994, a elle-même réalisé le film […]. Cet état lui a permis d'y insuffler un véritable regard, certes dérangeant sur bien des points de vue, puis de conserver le contrôle de son long métrage, quitte à ce que la modernité de ce dernier ne la dépasse. Car Baise-moi, s'il s'inscrit à la rigueur dans une mouvance socialo-trash plus ou moins à la mode (en France comme ailleurs), échappe en même temps à toute perspective critique grâce à sa singularité propre. Il n'existe à vrai dire aucun objet, dans le cinéma, qui lui soit complètement comparable.» (Pascal Gavillet)

La Regione Ticino,

Locarno, 5 août 2000

Une éternité ennuyeuse

Road movie étriqué, Baise-moi s'agrippe désespérément à la violence pour trouver sa raison d'être. Le film se traîne pendant 77 minutes, une éternité ennuyeuse dans laquelle les deux protagonistes évoluent laborieusement […]. Il ne s'agit ni d'un chef-d'œuvre, ni d'une photographie de son époque, ni d'un film transgressif. Baise-moi a toutefois le mérite d'être sincère et de contribuer à bouleverser un tant soi peu le monde suranné de l'image en mouvement, non seulement en provoquant la censure, mais surtout en suscitant une réflexion sur une culture nouvelle où la représentation du sexe et de la violence ne peut plus obéir à des règles imposées il y a fort longtemps. Les Sex Pistols l'expliquaient déjà il y a trente ans.» (Ugo Brusaporco)

Berner Zeitung

Berne, 4 août 2000

Une vision

sans concession

«Qu'elles tuent, vivent, ou qu'elles se fassent sodomiser, les héroïnes se laissent aller: telle est la vision de Coralie Trinh Thi et de Virginie Despentes, qui adaptent au cinéma le roman Baise-moi. Pour cette adaptation cinématographique, la romancière Virginie Despentes a souhaité s'associer à Trinh Thi, une actrice porno, histoire de travailler avec une femme qui connaît le milieu. […] Les scènes de sexe considérées en France comme pornographiques (celles qui montrent explicitement «le plaisir féminin et les rapports lesbiens»), doivent être perçues comme une version possible de la sexualité. Virginie Despentes considère son histoire comme une «vision guerrière d'un féminisme avant-gardiste». Le cinéma est le plus souvent affaire de vision. Celle de Baise-moi est dure, sans concession et brutale. C'est la disposition à la violence des deux héroïnes et leur pouvoir destructeur qui provoquent le malaise.» (Madeleine Corbat)

L'Hebdo

Lausanne, 10 août 2000

La bave du pit-bull

«L'événement qui a fait le plus jacasser reste la projection de Baise-moi en compétition. Le fameux film «ixé» montre effectivement l'acte sexuel filmé en gros plan et met en scène une violence insupportable. [...] Les dialogues se réduisent à quelques insultes et obscénités, l'image est affreuse, le montage nul. Pauvre chose fruste. [...] Prompt à l'enthousiasme, Marco Müller, directeur du festival, dit de Baise-moi qu'il correspond à une «révolution copernicienne» du cinéma puisqu'il «abolit la distance entre l'acteur et l'acte sexuel». Accessoirement, ce brûlot imbécile réduit aussi la distance qui sépare la création artistique de la bave du pit-bull.» (Antoine Duplan)

Corriere

del Ticino

Locarno, 8 août 2000

Un film

pas dégrossi

«Esthétiquement, le défaut principal du film est de ne pas être dégrossi. Un défaut voulu sans doute, puisqu'il n'y a ici ni traitement psychologique des protagonistes, ni logique narrative (il est impossible que deux jeunes femmes assassinent de sang-froid des dizaines de personnes sans avoir au moins les nerfs tendus et que de tels actes ne mettent pas la police sur leurs traces). On empêche ainsi le spectateur de réfléchir et on l'agresse avec une succession de scènes qui sont autant de coups de poing dans l'estomac. Cette esthétique souligne que le film est pour leurs auteurs d'abord un manifeste politique et féministe.» (Marisa Marzelli)

Tages-Anzeiger,

Zurich, 5 août 2000

Une violence au féminin inédite

«Ce qui choque effectivement dans Baise-moi, c'est cette combinaison explosive du plaisir et du sang-froid, avec lesquels les deux héroïnes commettent leurs meurtres. Leur fureur meurtrière ne s'accompagne d'aucune circonstance atténuante, d'aucune motivation: elle n'a donc aucun sens. Cette orgie de violence n'est pas nouvelle dans le cinéma français. On se souvient par exemple de La Haine de Mathieu Kassovitz ou de la séquence finale de La Cérémonie de Claude Chabrol. Mais ce qu'on n'avait jamais vu, c'est deux femmes orchestrer une violence aussi insensée. Cet aspect a-t-il été déterminant pour la censure?»

(Nicole Hess)