L'un s'en va, l'autre arrive. Robert Straubhaar a été élu mardi directeur général du Centre de culture et de congrès de Lucerne (KKL), palais bâti par Jean Nouvel. Bon gestionnaire mais néophyte en matière de culture, il ne devra pas s'immiscer dans les choix du comité de programmation. Ni d'ailleurs dans la querelle du Kunstmuseum, niché au quatrième étage du KKL et dont le directeur, Ulrich Loock, a été licencié il y a deux semaines pour sa programmation trop pointue. Mais qui évitera donc le naufrage culturel de ce beau navire, qui semble de plus en plus mettre le cap sur une programmation visant à attirer les masses?

(Lire aussi LT des 15/8/98, 22/3, 29/4 et 17/6/2000, 12/1 et 31/1/2001.)

Neue Luzerner Zeitung

Lucerne, 31 janvier 2001

Naviguer entre les écueils

«Robert Straubhaar est un homme compétent dans les domaines de la gestion et de la communication, et il ne manque pas de passion. Reste à voir si cela suffit pour naviguer entre les écueils. La direction du Centre de culture et de congrès (KKL) a choisi un homme de l'économie, non un spécialiste de la culture. A nouveau, serait-on tenté de dire, car le prédécesseur de Straubhaar, Michael Wittwer, n'était pas non plus un intendant culturel. […] Straubhaar va mettre l'accent sur la gestion des congrès et de la gastronomie. C'est là qu'il a de l'expérience, là qu'il voit des erreurs. […] Mais l'opinion publique attend des réponses claires également dans le domaine de la programmation culturelle. Qui, en dehors des Internationale Musikfestwochen, contribuera à forger l'image du KKL? […] Dépourvu d'âme culturelle, le bâtiment ne fera pas non plus affluer les sous. L'expérience des derniers mois le démontre.» (Hugo Bischof)

Die Wochenzeitung

Zurich, 1er février 2001

Un néophyte en matière de culture

«Il sourit, timide, et répond aux journalistes comme il faut. Lors de questions délicates […], le quadragénaire passe la parole à ceux qui travaillent déjà dans la maison. En matière de culture, le nouveau directeur du Centre de culture et de congrès n'est pas un professionnel, et il est le premier à l'avouer. Jouer du piano et écouter de la musique classique n'est certes pas rien, mais pas forcément ce qui est requis dans son nouveau job.»

(Urs Dossenbach)

Die Weltwoche

Zurich, 25 janvier 2001

Un palais du divertissement

«Ulrich Loock s'est senti «comme dans un village africain», où tout le monde se connaît […]. Maintenant, le directeur du Musée des beaux-arts doit partir. Pendant ses quatre ans à Lucerne, il n'a pas cessé de déranger. Il a provoqué, a clairement exprimé ses opinions – il a une rhétorique brillante. Aujourd'hui, on l'accuse de «parler trop bien». […] Du futur nouveau directeur, les gens politiquement ou culturellement influents attendent […] des expositions plaisantes et divertissantes pour les masses. Des events, en gros. Ou du moins une «véritable exposition d'été, pendant les Internationale Musikfestwochen», comme le fait remarquer à juste titre Daniel Huber [le délégué culturel du canton de Lucerne, ndlr.]. C'est cela, la politique de programmation de ce palais du divertissement et du commerce qu'est le KKL.»

(Vera Bueller)

Das Kulturmagazin

Lucerne, février 2001

Un musée dans l'embarras

«[En septembre], le comité de direction de la Société des arts a réitéré sa confiance en son directeur. Il est étonnant qu'à peine quatre mois plus tard, les divergences d'opinion entre la société et Ulrich Loock soient «insurmontables», comme l'indique un communiqué officiel commun. Qu'est-ce qui s'est passé entre-temps? […] Depuis son passage à la Kunsthalle de Berne, Ulrich Loock a un profil très clair […]. Le comité de nomination était au courant. […] Son licenciement intervient à un moment très délicat. Le comité de direction de la Société des arts ne lui a même pas donné la chance de chauffer la Porsche que Nouvel a construite. Comme s'ils sapaient le moteur d'un pilote de formule 1 après le premier virage. Bien sûr, Ulrich Loock n'est pas un homme facile. Il dit ce qu'il pense et espère provoquer des réactions. C'est une attitude inhabituelle en Suisse, où l'on parle de conflits sous forme de sous-entendus à l'heure de l'apéro, et non publiquement. […] [Loock] a essayé de réorganiser ce musée avec un certain courage. […] Dans un premier temps, la collection en a souffert, il est vrai. Mais on aurait pu corriger le tir. […] Avec ce licenciement, on annule une vision qui n'a pas encore eu le temps de se déployer. Une situation peu claire, qui met le Musée des beaux-arts dans l'embarras.» (Gerhard Mack)