Voici la séquelle du «Silence des agneaux» de Jonathan Demme: le film «Hannibal», sorti cette semaine (lire LT du 28 février et en page 13). Pour certains, Ridley Scott s'y amuse à frustrer son héroïne autant que le spectateur. Pour d'autres, rarement film aura procuré un déplaisir aussi intense. Avis contrastés, mais consécration unanime et définitive d'Anthony Hopkins.

Le Matin

Lausanne, 28 février 2001

La cervelle «à la coque»

«Il s'agit d'un nouveau festin, mais servi avec une cuisine différente. […] Anthony Hopkins, souverain, […] transforme Hannibal, cet artiste absolu du crime, en une sorte de prince en exil. Et sir Anthony est si gourmand, ici, qu'il «mange» tout le film. Bref, il régale tout le monde. En particulier dans la scène où il invente la recette de la cervelle «à la coque» sur un sujet vivant, qui est irrésistible de drôlerie.» (Pascal Bertschy)

L'Hebdo

Lausanne, 22 février 2001

La suavité, l'élégance

«Si Ridley Scott ose montrer le traître dégustant une tranche de son propre cerveau revenue dans le beurre noisette, il n'a pas pu enfreindre le tabou ultime, l'Amérique n'aurait pas supporté cette outrancière dérogation au manichéisme. […] Clarice […] ne chute pas. Elle ne goûte pas à la chair humaine. […] Un peu éclipsée par son partenaire, Julianne Moore fait oublier Jodie Foster en deux temps trois mouvements. Quant à Hopkins, il est au-delà des éloges. L'acuité de son regard, la suavité de son sourire, la sensualité de sa voix, l'élégance de sa diction, sa façon de susurrer «Clarice» le rendent irrésistible.» (Antoine Duplan)

Télérama

Paris, 28 février 2001

Lecture théologique

«Les retrouvailles entre la Belle et la Bête (transparent, le rapprochement avec Cocteau est souligné par une phrase du dialogue) sont différées pendant une bonne heure et demie. En attendant, quoi? On fait patienter le client. On meuble. Hannibal a refait surface à Florence en spécialiste de la Renaissance italienne? Voici du vernis culturel, du Dante, du Médicis, de la déco vieille Europe, des «ambiances» dont se pourlèche l'imagier qu'est resté Ridley Scott. […] Ainsi s'esquisse une lecture théologique de ce qui sépare et attire l'un vers l'autre le papiste Lecter (le catholicisme, religion «cannibale») et la luthérienne Clarice (les protestants nient la transsubstantiation).» (François Gorin)

Libération

Paris, 28 février 2001

Style Ferragamo-Armani

«Gageons que la vision de la cité toscane arrachera quelques fous rires aux Florentins. […] Ce qui est […] rigoletto, c'est l'option Ferragamo-Armani du style. Outre l'important budget fumigène, le poste «Buongiorno, mon costardo s'appelle Giorgio» a dû cramer ce qui restait de dollars.» (Gérard Lefort)

Le Monde

Paris, 28 février 2001

Comme le Nasdaq

«Un tueur en série obéit aux mêmes lois que celles du Nasdaq. Sa popularité dépend de la hausse ou de la baisse de ses cours. […] La popularité de Hannibal Lecter aux Etats-Unis est telle aujourd'hui – surtout auprès du public adolescent, qui le trouve «cool» – qu'Anthony Hopkins, effrayé par cet engouement, avait juré, avant de se raviser, qu'il n'incarnerait plus le personnage.»

(Samuel Blumenfeld)

Construire

Zurich, 27 février 2001

La globalisation dévoreuse

«Peut-être ce psychopathe cynique et manipulateur correspond-il […] à notre société moderne? Chaque époque a les monstres qu'elle mérite», analyse Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série. […] Le magazine Facts voit même une correspondance entre «le boom de la figure du serial killer et la décennie du capitalisme et de la globalisation dévoreuse de places de travail». Analogie audacieuse.» (Patricia Brambilla)

Allez savoir!

Lausanne, février 2001

Manger qui?

«Mondher Kilani, professeur d'anthropologie à l'Université de Lausanne […]: «Un cannibale ne mange jamais n'importe qui.» […] On ne mange […] jamais quelqu'un de trop proche, ni a fortiori une personne qui ne représente rien: «Il doit exister un lien affectif.» […] Dernier avatar du cannibalisme: l'affaire de la vache folle. […] C'est que les fameuses farines animales contiennent parfois du placenta humain. «En mangeant la vache, par assimilation des qualités, nous sommes nous-mêmes devenus cannibales.» Ce qui est jugé inacceptable pour des sociétés «civilisées». Pas autant, tout de même, que les festins du Dr Lecter.» (Michel Beuret)

Extraits choisis par Olivier Perrin