Le cinéaste français Maurice Pialat est mort à la fin de la semaine dernière (lire LT du 13 janvier). Avec «La Gueule ouverte» ou «Van Gogh», il laisse une œuvre révolutionnaire, qu'honore notamment les «Inrocks» dans un cahier spécial de 32 pages.

Le Figaro

Paris, 13 janvier 2003

Espérance désespérée

«Etait-ce une carrière? Plutôt un parcours acharné, un chemin accidenté et lumineux suivi par un être déchiré, rageur à force d'exigence, désespéré pour avoir été animé d'une folle espérance. Un chercheur de vérité qui a trébuché sur le mensonge et l'illusion. […] Pour le cinéaste, la caméra doit être le jeu du regard; une présence en plus qui capte un moment d'instinct. Ainsi l'image doit être «insipide», le jeu des acteurs inexistant. […] Pas beau tout cela! Mais tellement vrai, plausible. Comme le seront les déchirements familiaux d'A nos Amours où débute sublimement Sandrine Bonnaire.»

(Dominique Borde et Marie-Noëlle Tranchant)

L'Humanité

Paris, 13 janvier 2003

La critique unanime

«Paradoxalement, bien que son œuvre soit quantitativement restreinte et alors que le dénigrement était chez lui de règle, à commencer par rapport à son propre travail, […] la critique l'a soutenu tout au long de sa carrière dans un unanimisme rare, […] et certains de ses films ont été de vrais succès populaires tandis qu'aucun n'a rencontré d'échec cuisant.» (Jean Roy)

Libération

Paris, 13 janvier 2003

Gifles et insultes

«Il est de notoriété publique que, sur ses tournages, Pialat gueulait, faisait l'enfer, distribuait les gifles, balançait les insultes. […] Une méthode de pousse-au-crime, mais une méthode tout de même.»

(Philippe Azoury)

Les Inrockuptibles

Paris, 15 janvier 2003

Il avait raison

«La légende du Pialat atrabilaire, mauvais coucheur et caractériel, a la peau dure, et trop de gens ne retiennent de lui que cette mauvaise réputation sans avoir vu ses films. Pialat avait raison de vitupérer, le cinéma est tellement occupé par des réalisateurs minuscules, des personnes mesquines, des dealers de fausseté et de simulacre, des arrivistes soucieux avant tout de leur statut social et de leur compte en banque, alors que lui était constamment entravé dans son parcours.» (Serge Kaganski)

Le Soir

Bruxelles, 13 janvier 2003

L'enfance volée

«On nous vole, gueulait Pialat. On nous vole notre enfance, notre bonheur, on nous emplit d'angoisses du lendemain.» (Luc Honorez)

Libération

Paris, 13 janvier 2003

Homme d'en bas

«Nous sommes là aujourd'hui, tous orphelins de ce père qui nous répétait sans cesse qu'il ne voulait pas le devenir. Le voilà désormais padre padrone de toute la famille disparate du cinéma, à la façon d'un Rossellini en Italie et d'un Renoir en France, ses seules vraies références. […] Homme d'en bas, il voulait passer par le haut pour le plus grand nombre, respectant ce qui lui semblait la nature même du cinéma.» (Daniel Toscan du Plantier)

Extraits choisis par Olivier Perrin

Signalons la sortie de la biographie de Pascal Mérigeau: «Pialat» (Grasset, décembre 2002, 354 p.).