Le philosophe américain John Rawls est mort cette semaine à l'âge de 81 ans (LT du 26

novembre). Penseur majeur du XXe siècle, il était l'auteur de la «Théorie de la justice».

The Guardian

Londres, 27 novembre 2002

Modeste, réservé

«Avec la mort de John Rawls, […] le monde anglophone a perdu son plus grand philosophe de la politique. Un homme exceptionnellement modeste et réservé qui avait une sainte horreur des feux de la rampe, qui a toujours refusé les honneurs qu'on lui a décernés et qui ne s'est jamais compromis dans un rôle de commentateur public ou de gourou médiatique que son travail lui aurait permis.» (Ben Rogers)

Le Monde

Paris, 27 novembre 2002

Rawls, Pascal et Dieu

«Protégé de toute pression à publier vite et beaucoup, il s'est donné le temps de penser en profondeur les tenants et aboutissants de chacune de ses affirmations, d'anticiper malentendus et objections. Comme à d'autres peut-être qui se sont hasardés à le critiquer tout en s'efforçant de bien le lire, il m'est plus d'une fois arrivé de penser à son propos ce que Pascal, je crois, disait de Dieu: qu'un peu de pensée en éloigne, mais que beaucoup y ramène. C'est cependant dans le contenu même de Théorie de la justice, dans la réponse forte et précise qu'elle apporte à la question de savoir ce qu'est une société juste, qu'il faut chercher la raison principale de son énorme impact.» (Philippe Van Parijs)

The Daily Telegraph

Londres, 27 novembre 2002

Une conscience aiguë

«Rawls a servi comme fantassin dans le Pacifique durant la Deuxième Guerre mondiale, et cette expérience lui a donné une conscience très aiguë des possibilités qu'a l'être humain – et ce même dans les sociétés supposées libérales, les sociétés démocratiques – de justifier de terribles actes de cruauté et de destruction. C'est ainsi qu'il s'est engagé dans la tradition utilitaire de la pensée libérale, prétextant que le principe du «plus grand bonheur pour le plus grand nombre» pouvait être une excuse pour faire peu de cas des intérêts des minorités.»

Libération

Paris, 26 novembre 2002

Juste * égalitaire

«Son intention a été de penser une société juste. Celle-ci n'est pas une société égalitaire, […] mais une société équitable dans laquelle les positions donnant le plus de bénéfices sont accessibles à tous et où les bénéfices minimaux ou maximaux obtenus par certains profitent au maximum aux laissés-pour-compte.» (Robert Maggiori)

Los Angeles Times

Los Angeles, 26 septembre 2002

Le droit de mourir

«Dans Théorie de la justice, écrit durant la guerre du Vietnam, il prétendait qu'une société équitable devait fournir les conditions-cadres d'une vraie objection de conscience face au service militaire de combat. En 1997, Rawls s'était [par ailleurs] allié à cinq autres philosophes pour soumettre à la Cour suprême des Etats-Unis une requête en faveur du droit de choisir de mourir pour les patients condamnés. Plus tard, la Cour avait refusé d'octroyer aux Américains un «droit à la mort» inscrit dans la Constitution, mais cela n'empêchait pas les Etats de l'Union de légiférer eux-mêmes sur la création d'un tel droit.» (Peter Hong)

Extraits choisis et traduits par Olivier Perrin