SonntagsZeitung

Zurich, 13 août

La jungle de l'autoédition

«En mai, Stephen King provoqua un choc dans le monde de l'édition: sa nouvelle Riding the Bullet diffusée sur le Net a trouvé immédiatement un demi-million d'acheteurs. Il prétend toutefois que cette initiative n'est pas lucrative. Il croit qu'il peut «avoir une influence sur la conception que les gens ont du Web. […] Peut-être puis-je conquérir une forme de publication dont les grandes maisons d'édition ne s'occupent pas. Cela pourrait aider beaucoup d'autres écrivains à être publiés.» […] Les éditeurs interrogés ne manifestent pour l'instant aucun signe de nervosité. «Ça peut fonctionner pour Stephen King», déclarait Larry Kirshbaum du Time Warner Publishing […], «mais pour le 99% des auteurs, ça ne marche pas». Kirshbaum estime que les éditeurs sont indispensables à long terme, en tant que filtre et distributeur. Les lecteurs seraient dépassés s'ils devaient s'orienter eux-mêmes dans la jungle de l'autoédition.» (Martin von Suter)

El Mundo

Madrid, 25 juillet

Autopromotion

«Je n'ai rien contre mes éditeurs, bien au contraire», explique King. «Mais j'ai eu la chance de me trouver dans une situation qui me permettait d'explorer de nouveaux horizons. Je contribue à ce que les gens aient de l'appétit pour le livre électronique.» […] «Actuellement, il existe un terrain quasiment vierge, à la portée de tous ceux qui ne peuvent ou ne désirent pas se soumettre à la loi des grandes maisons d'édition», ajoute-t-il. «Stephen King se trouve dans une position qui lui permet de faire ce qu'il veut», réplique Jack Romanos, directeur de Simon & Schuster. Ce qu'il pratique est la réécriture des règles de l'autopublication, et c'est son droit.» […] Beaucoup considèrent cette démarche comme de la pure autopromotion, une manœuvre comme une autre pour tenir en haleine ses fans…» (Carlos Fresneda)

Los Angeles Times

Los Angeles, 1er août

Un petit risque

«Pour King, auteur des best-sellers The Shining et Carrie, cette publication sur Internet n'est qu'un modeste défi: il avait déjà écrit, il y a quelques années, trois chapitres de The Plant. De plus, les frais de mise en place du livre sur son site sont moindres. […] David Card [analyste auprès de Jupiter Communications à New York, ndlr.] déclare qu'il s'attend à ce que d'autres écrivains réputés suivent cette voie. En revanche, les auteurs d'une notoriété moyenne ne peuvent se passer du soutien des grands éditeurs.» (Joseph Menn)

Corriere della sera

Milan, 21 août

Le prix de la peur

«Un braillard aveugle qui erre dans la Toile des hackers.» Ainsi se définissait Stephen King le 24 juillet dernier, alors qu'il introduisait sur Internet le premier chapitre de The Plant. […] Pour cette deuxième expérience sur le Web, l'écrivain avait renoncé à une collaboration avec Simon & Schuster et surtout à l'encryption (une sorte de barrière mécanique qui empêche le téléchargement d'un texte s'il n'a pas été payé au préalable), en invoquant l'honneur de ses fans. […] Mais si ceux-ci ne payaient pas, l'écrivain qui a investi 125 000 dollars dans la construction du site […], cesserait la publication des quinze épisodes prévus et personne ne connaîtra (en tout cas pas sur Internet) la suite de ce roman épistolaire. […] L'histoire se situe dans les années 80, c'est-à-dire avant le grand boom du Web. […] Le héros, John Kenton, admirateur de Voltaire et de Nabokov, est employé dans une petite maison d'édition qui publie des livres dont les titres sont Rats de l'enfer ou Lacère-moi chérie. C'est ici que se développe la plante maléfique […] qui offre de substantiels bénéfices, mais qui en contrepartie demande des sacrifices humains. L'ironie du début se dissipe petit à petit dans l'horreur: mais pour avoir vraiment peur, il faut continuer à payer un dollar.» (Cristina Taglietti)

Le Monde

Paris, 8 août

Scénario

cauchemardesque

«Pour prouver qu'un auteur à succès n'a pas besoin d'éditeur, maître King a entrepris de recourir à ce qui est en passe de devenir le cimetière des professions intermédiaires, Internet. […] Stephen King, dans la tradition des feuilletonistes à la Dickens, a décidé d'écrire à tempérament. Voici les termes du marché, tels qu'affichés sur le site Web: «Si vous payez, l'histoire continue. Si vous ne payez pas, elle se replie.» […] Interrogé par le Washington Post, le président de Simon & Schuster, Jack Romanos, a démenti que l'initiative de l'écrivain lui «donne des frissons», tout en regrettant que les éditeurs soient mis sur la touche. Et il a renvoyé Stephen King à un autre «scénario de cauchemar»: quand il faudrait répondre aux milliers de lettres accompagnées d'un chèque et que «le bureau de poste aurait fermé après avoir croulé sous la surcharge de courrier». Stephen King, lui, a fait ses calculs. Pour l'instant, les frais de publicité et d'entretien du site se sont élevés à 124 000 dollars. Il n'a encore touché que 116 000 dollars, mais, si le taux de réponses actuel se maintient, il estime que 1,6 million de copies vont être effectuées sur dix ou onze chapitres. «Faites les comptes, explique-t-il. Si les gens continuent à revenir, ce n'est pas un mauvais calcul.» (Corine Lesnes)

Extraits choisis et traduits par Mariella Solazzo