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Revue de presse. Tchô Léo, on t'aimait bien…

L'acteur, chanteur et poète Philippe Léotard a succombé samedi dernier à une insuffisance respiratoire (LT du 27 août). Retour lyrique sur une carrière qui ne lui aura pas fait beaucoup de cadeaux et sur une vie cabossée par les abus.

Tribune de Genève

Genève, 27 août 2001

A l'eau de Javel

«Il avait la paupière en plissé soleil et la voix aussi éraillée que s'il se gargarisait avec de l'eau de Javel. […] Les hommages officiels se sont succédé dimanche pour honorer celui qui demeurait pourtant un maudit. De Chirac à Jospin en passant par Catherine Tasca, ministre de la Culture, tout le monde a eu son mot à dire. On aurait aimé que ces déclarations ne soient pas indirectement dédiées à son frère François, qu'une carrière politique pour le moins tortueuse a mené à être aujourd'hui représentant de l'Union européenne en Macédoine.»

(Etienne Dumont et Alain Penel)

Le Matin

Lausanne, 27 août 2001

Footballeur et Saturne

«Léotard, s'il avait été footballeur, aurait à mon sens été un sacré gardien. […] Il aurait gagné des matches à lui tout seul. […] Un jour on aurait osé l'inviter à venir boire un verre à la maison, ce qu'on ne fait jamais avec les gens qui sont nos amis mais ne le savent pas. Il aurait accepté. On aurait mis un disque de Brassens, peut-être «Saturne», oui «Saturne»: «Il est morne, il est taciturne/ Il préside aux choses du temps/ Il porte un joli nom, Saturne/ Mais c'est un dieu fort inquiétant», puis on aurait, je le crois bien, parlé d'autres amis absents.»

(Philippe Dubath)

Libération

Paris, 27 août 2001

Acteur par accident

«Par accident, [il] se met à faire l'acteur sur les tréteaux [du Théâtre] du Soleil. «Un camarade s'est cassé la gueule et je l'ai remplacé. Après, j'ai continué. Quand on m'a proposé des rôles au cinéma, je me suis tiré. Ou c'est Ariane [Mnouchkine] qui m'a viré… Il valait mieux. Autrement, avec moi comme dirlo, ce serait vite devenu le boxon.» (Antoine de Baecque)

Le Figaro

Paris, 27 août 2001

L'encre des maux

«Tout le monde l'aimait parce qu'il était intelligent, sensible, drôle, fin, généreux, très attentif aux autres. […] Cet homme […] n'avait jamais su rompre avec les verts paradis et ne répliquait à l'angoisse du «silence éternel» qu'avec l'encre des maux. Les siens, ceux des autres. Artaud, Ferré qu'il chantait comme on soupire.»

(Armelle Héliot)

lemonde.fr

Paris, en ligne

Sur le fil du rasoir

«Philippe Léotard rappelait souvent qu'il est venu à la chanson en fredonnant avec Serge Gainsbourg «You Rascal You». […] En fait, il avait de tout temps griffonné sur des cahiers des textes, des poèmes, des bouts de chansons, par plaisir autant que pour exorciser ses démons. On a pu, à l'occasion, comparer les deux chanteurs, amis intimes. Vie sur le fil du rasoir, alcool à ne plus tenir debout, drogues diverses. Mais là où Gainsbourg provoquait et manipulait son monde, ne laissait percer son désarroi qu'exceptionnellement, Léotard est plus instinctif, plus à vif. […] Les Chants de Maldoror: son livre depuis toujours, viatique, bouée de sauvetage, soleil irradiant, companiero. […] Au fait, de son vrai nom il s'appelait Ange Philippe Léotard Tomasi. Ange.»

(Sylvain Siclier et Brigitte Salino)

Le Soir

Bruxelles, 27 août 2001

Connard sublime

«Pantin gesticulant. Terrifié de comprendre qu'il ne serait jamais Verlaine, Artaud ou Montgomery Clift. […] Oui, connard sublime, clochard céleste, on t'a aimé, tu avais un talent pas possible, tu fus éblouissant, alors que ta carrière déclinait, que les assurances t'avaient rayé de leurs listes. […] Il a vécu sa vie et ses personnages à la criée, à l'écroulement, à la saignée, à la tripe. […] «Calmez-vous», lui disaient ses metteurs en scène et ses amis. «Calmez-moi plutôt», gueulait-il d'une voix cassée par les clopes. […] Quand il avait trop bu, trop sniffé, trop n'importe quoi, il disait: «J'interprète pour qu'on me relève, je suis élève.» Son tort est d'avoir […] la larme sincère quand l'alarme des faux culs sonnait autour de lui. […] Mais Léotard n'aurait pas aimé, je crois, qu'on le nécrologise dans la posture de l'acteur qui a commis des excès pour sortir les personnages de fiction de sa peau et de son âme. Ses vices assumés, alcool, machin chouette et tout le bazar merdique, dans lequel il s'est complu, le détruisaient tellement que ceux qui le connaissaient savaient qu'il y avait, en lui, une part d'infantilisme, de chagrin trop mis en spectacle, de détresse si affichée qu'elle finissait par ressembler à un fonds de commerce, même s'il s'en défendait. […] Ses valises sous les yeux deviennent son bagage dramatique. On ne sait plus s'il joue ou s'il est. […] Là où Philippe est, apaisé, on espère, je l'entends nous dire: «L'homme mort vous fait un adieu aigre-doux. Ce n'était pas mauvais de mal vivre avec vous.» (Luc Honorez)

Extraits choisis par Olivier Perrin