Le poète a disparu, mais ses chansons courent encore dans les rues.

Charles Trenet est mort, emporté par sa vieille jeunesse, à l'âge de 87 ans (LT du 20 février). On ne présente plus ce «fou chantant», aimé pour son art, mais parfois critiqué pour ses mœurs et ses positions politiques.

Le Figaro

Paris, 20 février 2001

Le troubadour

«Le dernier des troubadours. La dame pour laquelle il soupirait, dansait, c'était la France, non celle de De Gaulle, historique, hiératique, mais la France quotidienne, rêveuse, modeste […]. Le ressort de la poésie de Trenet réside dans […] le temps qui passe, qui emporte tout. […] A cet impitoyable voleur de jeunesse, il a répondu par […] la chanson. Loin de se morfondre dans le regret, il a préféré donner de la gaieté à ses soupirs, de l'allégresse à ses tristesses et du rythme à sa mélancolie.»

(Jean-Marie Rouart)

24 Heures

Lausanne, 20 février 2001

Les affaires

«Charles Trenet était aussi réputé pour son sens des affaires. Sa générosité scénique se dissolvait dans son avidité au gain, le rideau baissé. Obnubilé par son image, il définissait lui-même son goût pour la jeunesse comme «frisant la maladie mentale». Tout cela dessine finalement l'image d'un homme moins angélique que le veut la légende mais qui, jusqu'à la dernière heure, démontra une volonté de rester maître de son art». (Xavier Alonso)

Le Soir

Bruxelles, 20 février 2001

L'argent

«Il est arrivé comme un boulet de canon dans un ciel quelque peu grisâtre. […] Il lança soudain «Y a d'la joie», à une époque où il n'y en avait guère. […] On raconte que la première fois que Maurice Chevalier l'entendit, il lui déclara: «Mon garçon, tu n'as aucune idée de l'argent que tu vas gagner.» C'était en 1938. La France prenait pour la première fois des vacances: elle avait revêtu les couleurs du Front populaire et rêvait de liberté et de grands sentiments.» (Thierry Coljon, Michel Grodent,

Jean-Marie Wynants)

Libération

Paris, 20 février 2001

Le monde homo

«Discret dans ses chansons, Trenet s'affiche dans la vie, avec un plaisir de choquer. Et l'envers de son univers féerique et factice, tout en faux-semblants, en jeux de miroir, avec l'amertume sous les fous rires, c'est le monde homo des années 50, dit «interlope», avec «ses voyous de velours» […], ses Rastignac de la brillantine et du pantalon moulant, le butinement des folles, […] les outrages à la pudeur, les chantages, les cassages de gueule.»

(Hélène Hazera)

Le Monde

Paris, 20 février 2001

Ni mort ni juif

«Trenet est une porte ouverte sur une France pesante qui l'étouffa et fit de lui un personnage à la fois attachant et détestable, qu'un procès suivi d'un non-lieu pour attouchements sexuels sur mineurs […] avait lourdement pénalisé auprès du public. De même, bien du flou avait entouré son attitude lors de l'Occupation. […] Paris-Soir avait annoncé sa mort dans un accident d'avion à la une. Lassé, «le fou chantant» fit imprimer de curieuses cartes de visite: «Charles Trenet, ni mort ni juif.»

(Véronique Mortaigne)

Los Angeles Times

Los Angeles, 21 février 2001

L'Amérique

«A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Trenet séjourna aux Etats-Unis […] et passa par Hollywood où il avait signé un contrat avec la MGM. Il s'était produit également sur la scène de l'ancien Philarmonic Auditorium de Los Angeles afin de recueillir des fonds pour les orphelins français.» (non signé)

La Repubblica

Rome, 20 février 2001

Familiarité avec la France

«Aucun chanteur chez nous n'aurait osé écrire ce qu'a chanté Trenet au sujet de la France […]. De Gregori (Viva l'Italia) et Finardi (Dolce Italia […]) s'y sont essayés par défi, mais sans réussir la familiarité […] que Trenet et ses compatriotes entretiennent avec le mot France. […] Pour étayer ces propos, nous les francophiles pouvons donner un exemple: il nous arrive parfois, en nous promenant à Paris ou en Provence […] de penser qu'entre la France et le bonheur d'être au monde […] il existe une mystérieuse harmonie.»

(Michele Serra)