Français d'origine grecque, Iannis Xenakis est mort dimanche dernier à Paris, à l'âge de 78 ans (LT du 5 février). Il fut un des plus grands musiciens de la seconde moitié du XXe siècle. Après des études d'architecture à Athènes, il débarque dans la capitale française où il travaille avec Le Corbusier avant de commencer à composer et retenir l'attention d'Olivier Messiaen, qui l'invite à suivre sa classe au Conservatoire.

Le Monde

Paris, 5 février 2001

Une irréductible marginalité

«Etoile solitaire au firmament de la musique française, […] Iannis Xenakis n'était ni précurseur […] ni épigone d'envergure […]. Au point que l'on s'est longtemps demandé si Xenakis était un compositeur de musique ou un ingénieur cherchant à réaliser par le son des utopies mathématiques. Le doute n'est plus permis tant il est devenu indiscutable que ce qu'il a écrit […] existe avec une monumentale évidence. […] Il en sera peut-être de Xenakis comme de Berlioz, dont on peut aimer ou rejeter l'œuvre sans qu'il soit possible de nier qu'elle […] a eu une influence considérable dans son irréductible marginalité.» (Gérard Condé)

The Guardian

Londres, 5 février 2001

Un travail héroïque

«Sans aucun doute, Xenakis a réussi en créant un univers musical cohésif et reconnaissable immédiatement. Plus discutables sont l'importance et l'étendue de cet univers. Dans plusieurs de ses pièces, […] beaucoup de choses ont été sacrifiées au profit d'un retour à une innocence première, mais ce sacrifice a fini par payer. Ces pièces comptent certainement parmi les meilleures; elles témoignent du travail héroïque et inimaginable entrepris par Xenakis, souvent dédié aux prisonniers politiques et aux milliers de personnes oubliées.» (Ivan Hewett)

Le Figaro

Paris, 5 février 2001

Un ouragan

«Qui écoute pour la première fois une pièce de Xenakis a l'impression d'être emporté par un ouragan. […] Xenakis est un homme de la terre et de l'eau. […] En outre, il avait une vue d'ensemble du phénomène sonore, qu'il traitait toujours dans sa globalité: l'œil n'était jamais loin de l'oreille chez cet architecte des notes qui construisait des lieux pour abriter ses tempêtes de sons.» (Jacques Doucelin)

Tribune de Genève

Genève, 5 février 2001

Un tragique méditerranéen

«Avec Boulez et Stockhausen, Xenakis reste l'un des trois esprits qui ont cherché à accomplir le mariage de la musique et de la science. La méthode Xenakis portera, comme tout ce qu'il a produit d'ailleurs, un nom très grec: la stochastique. […] Mais là n'est pas le plus important. Ce qui compte avant tout, c'est l'ampleur du message de ce tragique méditerranéen qui seul pouvait inventer la noirceur des Atrides. C'est de cette trempe-là qu'est et restera la musique de Xenakis, souvent déferlante, toujours vigoureuse». (Dominique Chouet)

Los Angeles Times

Los Angeles, 5 février 2001

Un humaniste

«Il s'était particulièrement consacré aux percussions; il a également écrit un grand nombre de partitions pour des solos, pour musique de chambre et pour le théâtre. Sa musique électronique était élaborée, souvent conçue pour emplir les grands espaces avec des haut-parleurs. La modélisation mathématique et l'expérimentation électronique qu'il a réalisées ne l'ont pas empêché d'être très fortement attiré par la philosophie humaniste et par le théâtre classique grec. Cette attirance était de plus en plus perceptible dans ses dernières œuvres. Sa biographe Nouritza Matossian le décrit comme quelqu'un qui n'a jamais cessé d'être un résistant.» (Paul Griffiths)

El País

Madrid, 5 février 2001

Un monolithe lumineux

«Selon le critique et musicologue français […] Antoine Goléa […] «la musique de Xenakis est tragique, au sens premier de ce mot. […] Elle prend appui sur la monumentalité et l'implacabilité des formes, sur la pétrification de la matière sonore et le primitivisme. Elle est comme un bloc gigantesque qui tombe au milieu de la musique de son temps.» Il serait utile d'expliquer ici qu'il ne s'agit pas d'un bloc qui barre le passage, mais plutôt d'un monolithe lumineux qui a éclairé et éclairera encore tous ceux qui l'approchent avec […] des yeux bien ouverts.» (Enrique Franco)

Extraits choisis et traduits par Ghania Adamo