L'Hebdo

Lausanne, 3 août 2000

Béart anachronique

«Les grands films qu'un Visconti a pu tirer d'un livre émeuvent Assayas «par la vibration littéraire qui y demeure». Ce dièse enrichit considérablement Les Destinées, spectacle ambitieux qui parle à l'intelligence du spectateur. […] Mais Les Destinées marquent aussi des limites. Qui trop embrasse mal étreint. […] Le pire défaut de cette fresque, c'est hélas! Emmanuelle Béart. Elle promène son profil anachronique de Donald le canard (Dieu du ciel, qu'est-ce qui lui a pris de se faire refaire les lèvres?), elle plonge ses yeux d'azur sombre dans l'objectif, elle semble exprimer dans le moindre des plans toute sa sublime souffrance et son humanisme infini. Admirez ma sensibilité à fleur de peau, voyez ma beauté intérieure! […] En revanche, buté, inquiet, dur, hanté, Charles Berling est extraordinaire.» (Antoine Duplan)

Les Cahiers du cinéma

Paris, N° 548, juillet-août 2000

Comme chez Hawks

«La teneur de ses ellipses, la ligne de fuite en avant de Jean, l'absence de cercle, de boucle, temporelle ou spatiale, sont la force vive du récit des Destinées… et les pendants cinématographiques du charme, de la magnanimité romanesques de Pauline, du mystère de son savoir- vivre et transmettre, qui va bien au-delà […] de la reconnaissance (immédiate comme chez Hawks) de son idéal masculin.»

(Marie-Anne Guérin)

Libération

Paris, 12 juillet 2000

Continuum de poussière

«Malgré ce goût de cadavre prégnant auquel nous devrons tous nous habituer, et qui n'est d'ailleurs pas forcément désagréable, Les Destinées sentimentales est une saga toute en sagesse, l'épopée placide d'un amour si fou qu'il croise sereinement à la surface d'une mer sociale homérique et glisse presque paisiblement sur l'océan démonté de l'histoire de France. […] Assayas donne des Destinées sentimentales une lecture limpide: c'est un chant du cygne, une cathédrale fanée, le récit sublime de la déréliction générale, du grand continuum de poussière, de fadeur, de ruines et d'extinction auquel nous sommes tous activement promis.» (Olivier Séguret)

Synopsis

Paris, N° 8,

juillet-août 2000

Jeu d'ellipses

«A cette manière de mêler affaires et sentiments s'ajoute la forme «protestante» du film, toute en retenue et en tension. Point d'effusions, d'explications et de crises de larmes. Tout ce qui s'approche d'une émotion exacerbée est systématiquement ellipsé. Ellipsée, la douleur de Marcelle que l'on empêche d'épouser l'homme qu'elle aime. Ellipsées, les retrouvailles entre Jean et Pauline après que Jean s'est perdu dans la montagne suisse. Ellipsé, l'abandon charnel de Jeanne à un jeune homme. En revanche, le trouble, la solitude, trouvent naturellement leur place dans le scénario.» (Juliette Sales)

Le Nouvel Observateur

Paris, N° 1862, 15-21 juillet 2000

Renversante Mouchet

«Charles Berling et Emmanuelle Béart bien sûr, cette dernière d'une richesse et d'une variété d'expressions qu'on ne lui connaissait pas, mais aussi Isabelle Huppert, dans un rôle difficile parce qu'absent, claquemuré, auquel elle donne une présence sans rapport avec la durée de ses apparitions. Et puis encore Catherine Mouchet, renversante à chaque mot, à chaque regard, dont on attend depuis Thérèse que quelqu'un lui donne un film entier rien que pour elle.» (Pascal Mérigeau)

Le Matin

Lausanne, 2 août 2000

Pas la politesse

de faire court

«De l'autre côté de l'Atlantique, quand on vous ennuie, on a au moins la politesse de le faire en une heure trente. Ici, il faut attendre plus du double avant de sortir de la salle.»

(Eva Grau)

Tribune

de Genève

Genève, 17 mai 2000

Réussite indéniable

«Voilà un projet qui n'avait rien d'intimiste. Et son ambition n'allait pas sans une réelle mise en danger. Mais Assayas peut désormais se rassurer. Au terme de trois heures de projection, Les Destinées sentimentales a été chaleureusement ovationné [à Cannes]. Pour une fois, la réussite est indéniable.»

(Pascal Gavillet)

L'Humanité

Paris, 12 juillet 2000

L'horreur

du capitalisme débridé

«Jean dans son temps, c'est le grand patronat dans toute l'horreur du capitalisme débridé. Mais Jean dans son temps, c'est aussi bien Olivier Assayas utilisant l'éventail des ressources du cinéma de papa pour donner une création éminemment moderne, réalisant un film de production lourde mais fin, élégant, subtil. C'est aussi, si l'on veut se reporter au moment où débute l'histoire, les frères Lumière, écrasés par la fabrication de masse taylorisée de Charles Pathé.» (Jean Roy)

Film

Lausanne, N° 12, août 2000

Au dernier souffle

«Jean Barnery […] va s'acharner à réaliser son rêve de beauté, de perfection. Il s'obstine sans succès à créer une usine moderne, automatisée, qui le sauverait de la faillite. Mais ce n'est que sur son lit de mort, avant d'exhaler son dernier souffle, qu'il finira par comprendre: «L'amour, il n'y a rien d'autre dans la vie… Rien».» (Frédéric Maire)

Extraits choisis par Olivier Perrin